‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 3)Chapitre 226 sur 325 · SCÈNE VI Les Mêmes, FERDINAND · texte numérisé non relu

SCÈNE VI Les Mêmes, FERDINAND

LE GÉNÉRAL, a Ferdinand.

Venez ici, mon ami, là. — Voilà trois ans et demi que vous êtes avec nous, et je vous dois de pouvoir dormir tranquillement, malgré les soucis d'un commerce considérable. Vous êtes maintenant presque autant que moi le maître de ma fabrique ; vous vous êtes contenté d'appointements assez ronds, il est vrai, mais qui ne sont peut-être pas en harmonie avec les services que vous m'avez rendus. J'ai deviné d'où vous vient ce désintéressement.

FERDINAND

De mon caractère, général.

LE GÉNÉRAL

Soit!... mais le cœur y est pour beaucoup, hein?... Allons, Ferdinand, vous connaissez ma façon de penser sur les rangs de la société, sur les distinctions ; nous sommes tous fils de nos œuvres : j'ai été soldat. Ayez donc confiance en moi! On m'a tout dit... vous aimez une petite personne, ici... Si vous lui plaisez, elle est à vous. Ma femme a plaidé votre cause, et je dois vous dire qu'elle est gagnée dans mon cœur.

FERDINAND

Vrai, général? madame de Grandchamp a plaidé ma cause?... Ah ! madame! (n tombe à ses genoux.) Ah! je reconnais là votre grandeur d'àme! Vous êtes sublime, vous êtes un ange ! (courant se jeter aux genoux de Pauline.) Pauline ! ma Pauline!

GERTRUDE, au général.

J'ai deviné, il aime Pauline.

PAULINE

Monsieur, vous ai-je jamais, par un seul regard, par une seule parole, donné le droit de dire ainsi mon nom ? Je suis on ne peut plus étonnée de vous avoir inspiré des sentiments qui peuvent flatter d'autres personnes, mais que je ne partage pas... J'ai de plus hautes ambitions.

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THÉÂTRE

LE GÉNÉRAL

Pauline, mon enfant, tu es plus que séyère... Voyons, n'est-c^ pas quelque malentendu?... — Ferdinand, venez ici, plus près...

FERDINAND

Comment, mademoiselle, quand madame votre belle-mère, quan 4 monsieur votre père sont d'accord?...

PAULINE, bas, à Ferdinand.

Perdus!

LE GÉNÉRAL

Ah! je vais faire le tyran. — Dites-moi, Ferdinand, vousavçn sans doute une famille honorable?...

PAULINE, A Ferdinand.

La!

Votre père, bien certainement, exerçait une profession au moins égale à celle du mien, qui était sergent du guet?

GERTRUDE, A part.

Les voilà séparés à jamais.

FERDINAND

Ah! (Aoertrude.) Je vous comprends. (An générai.) Général, je ne dis pas que, dans un rêve, — oh ! bien lointain, mademoiselle! — dans un doux rêve, auquel on aime à s'abandonner quand on est pauvre et sans famille... (les rêves sont toute la fortune des malheureux!) je ne dis pas que je n'aie pas regardé comme un bonheur à rendre fou de vous appartenir; mais l'accueil que fait mademoiselle à des espérances bien naturelles, et qu'il a été cruel à vous de ne pas laisser secrètes, est tel que, dans ce moment même, puisqu'elles sont sorties de mon cœur, elles n'y rentreront jamais! Je suis bien éveillé, général. Le pauvre a sa fierté qu'il ne faut pas plus blesser que Ton ne doit heurter... tenez... votre attachement à Napoléon. (AGertrude.) Vous jouez un rôle terrible !

GERTRUDE

Elle épousera Godard.

LE GÉNÉRAL

Pauvre jeune homme! (à Pauline.) Il est très-bien! Je l'aime... (il prond Kerdmand à part.) A votre place, moi, à votre âge, j'aurais. - Non, non, diable î... c'est ma fille!

LA MARATRE

FERDINAND

Général, je m'adresse à votre honneur... Jurez-moi de garder le us profond secret sur ce que je vais vous conûcr, et que ce secret étende jusqu'à madame de Grandchamp.

LE GÉNÉRAL, à part.

Ah çà! lui aussi, comme ma fille hier, il se défie de ma femme... il sacrebleiïl je vais savoir... (Haut.) Touchez là, vous avez la Lrole d'un homme qui n'a jamais failli à celle qu'il a donnée.

FERDINAND

Après m'avoir fait révéler ce que j'enterrais au fond de mon eur, après avoir été foudroyé, c'est le mot, par le dédain de ademoiselle Pauline, il m'est impossible de demeurer ici... Je is mettre mes comptes en règle, car, ce soir même, j'aurai quitté pays, et demain la France, si je trouve au Havre un navire en rtance pour l'Amérique.

LE GÉNÉRAL , à part.

On peut le laisser partir, il reviendra, (a Ferdinand.) Puis-je le re à ma fille?

FERDINAND

Oui, mais à elle seulement.

LE GÉNÉRAL

Pauline!... Eh bien, ma fille, tu as si cruellement humilié ce luvre garçon, que la fabrique va se trouver sans chef: Ferdinand irt pour l'Amérique ce soir.

PAULINE

Il a raison, mon père... Il fait de lui-même ce que vous lui auriez ins doute conseillé de faire. #

GERTRUDE, à Ferdinand.

Elle épousera Godard.

FERDINAND, à Gertrude.

Si ce n'est moi, ce sera Dieu qui vous punira de tant d'atrocité I

LE GÉNÉRAL, à Pauline.

C'est bien loin, l'Amérique!... un climat meurtrier.

PAULINE

On y fait fortune.

THÉÂTRE

LE GÉNÉRAL, à part.

Elle ne l'aime pas. (a Ferdinand.) Ferdinand, vous ne partirez pas sans que je vous aie remis de quoi commencer votre fortune.

FERDINAND

Je vous remercie, général ; mais ce qui m'est dû me suffira. D'ailleurs, vôus ne vous apercevrez pas de mon départ à la fabrique, car j'ai formé dans Champagne un contre-maître assez habile aujourd'hui pour devenir mon successeur; et, si vous voulez m* accompagner à la fabrique, vous allez voir...

LE GÉNÉRAL

Volontiers, (a part.) Tout s'embrouille si bien ici, que je vais aller chercher Vernon. Les conseils et les deux yeux de mon vieux docteur ne seront pas de trop pour m'aider à deviner ce qui trouble le ménage, car il y a quelque chose. Ferdinand, je suis à vous. Nous revenons, mesdames, (a part.) Il y a quelque chose. (Le générai et

Ferdinand sortent.)

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