‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 3)Chapitre 26 sur 325 · SCÈNE XIII Les Mêmes, VAUTRIN · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII Les Mêmes, VAUTRIN

Va'Hr n est habillé tout en noir; il affecte un air de componction et d'humilité pendant uno partie de la scène.

VAUTRIN

Monsieur le duc, daignez m'excuser d'avoir forc^ votre porte, 'ïiais (Bas et à lui seul.) nous venons d'être l'un et l'autre victimes ^un abus de confiance... Permettez-moi de vous dire deux mots à vous seul.

LE DUC, faisant un signe à son fils, qui se retire.

Parlez, monsieur.

VAUTRIN

* Monsieur le duc, en ce moment, c'est à qui s'agitera pour obtenir des emplois, et cette ambition a gagné toutes les classes. Chacun en France veut être colonel, et je ne sais ni où ni comment on y trouve des soldats. Vraiment, la société tend à une dissolution prochaine, qui sera causée par cette aptitude générale Pour les hauts* grades et par ce dégoût pour Y infériorité... Voilà le *niit de l'égalité révolutionnaire. La religion est le seul remède à °Pposer à cette corruption.

LE DÔC.

Où voulez-vous en venir?

THÉÂTRE

VAUTRIN

Pardon, il m'a été impossible de ne pas expliquer à l'homme d'État avec lequel je vais travailler la cause d'une méprise qui me chagrine. Àvez-vous, monsieur le duc, confié quelque secret à celui de mes gens qui est venu ce matin à ma place dans la folle pensée de me supplanter et dans l'espoir de se faire connaître de vous en vous rendant service ?

LE DUC

Comment!... vous êtes le chevalier de Saint-Charles?

VAUTRIN

Monsieur le duc , nous sommes tout ce que nous voulons être. Ni lui ni moi n'avons la simplicité d'être nous-mêmes... nous y perdrions trop.

LE DUC

Songez, monsieur, qu'il me faut des preuves.

VAUTRIN

Monsieur le duc, si vous lui avez confié quelque secret important, je dois le faire immédiatement surveiller.

LE DUC, à part.

Celui-ci a l'air, en effet, bien plus honnête homme et plus posé que l'autre.

VAUTRIN

Nous appelons cela de la contre-police.

Vous auriez dû, moûsieur, ne pas venir ici sans pouvoir justifier vos assertions.

VAUTRIN

Monsieur le duc, j'ai rempli mon devoir. Je souhaite que l'ambition de cet homme , capable de se vendre au plus offrant, vous soit utile.

LE DUC, à part.

Comment peut-il savoir si promptement le secret de mon entrevue de ce matin ?

VAUTRIN, à part.

Il hésite : Joseph a raison, il s'agit d'un secret important.

LE'DUC

Monsieur...

VAUTRIN

VAUTRIN

Monsieur le duc...

LE DUC

11 nous importe à l'un comme à l'autre de confondre cet homme.

VAUTRIN

Ce sera dangereux, s'il a votre secret; car il est rusé.

LE DUC

Oui, le drôle a de l'esprit.

A-t-il une mission ?

LE DUC

Rien de grave : je veux savoir ce qu'est au fond un M. de Frescas.

VAUTRIN, à part.

Rien que cela! (Haut.) Je puis vous le dire, monsieur le duc : Raoul de Frescas est un jeune seigneur dont la famille est compromise dans une affaire de haute trahison, et qui ne veut pas porter le nom de son père.

LE DUC

Il a un père ?

VAUTRIN

Il a un père.

LE DUC

Et d'où vient-il? quelle est sa fortune?

VAUTRIN

Nous changeons de rôle, monsieur le duc, et vous me permettrez de ne pas répondre jusqu'à ce que je sache quelle espèce d'intérêt Votre Seigneurie porte à M. de Frescas.

LE DUC

Vous oubliez, monsieur...

VAUTRIN, quittant son air humble.

Oui, monsieur le duc, j'oublie qu'il y a une distance énorme entre ceux qui font espionner et ceux qui espionnent.

LE DUC

Ce duc a mis des espions après nous, il faut se dépêcher. ( vau-

trin dupara{t dans la poite de côté, par laquelle il est entré au premier acte.)

THÉÂTRE

LE DUC, revenant.

Vous ne sertirez pas d'ici. Eh bien, où est-il? (n sonne et Joseph parait.) Faites fermer toutes les portes de mon hôtel, il s'est introduit un homme ici. Allons, cherchez-le tous, et qu'il soit

arrêté. (H entre chez la duchesso.)

JOSEPH, regardant par la petite porte.

Il est déjà loin.

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