‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 3)Chapitre 27 sur 325 · SCÈNE PREMIÈRE LAFOURAILLE, seul · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE LAFOURAILLE, seul

Feu mon digne père, qui me recommandait de ne voir que la bonne compagnie , aurait-il été content hier! Toute la nuit avec des valets de ministres, des chasseurs d'ambassade, des cochers de princes, de ducs et pairs, rien que cela ! tous gens bien posés, à l'abri du malheur : ils ne volent que leurs maîtres. Le nôtre a dansé avec un beau brin de fille dont les cheveux étaient saupoudrés d'un million de diamants, et il ne faisait attention qu'au bouquet qu'elle avait à sa main ; simple jeune homme, va ! nous aurons de l'esprit pour toi. Notre vieux Jacques Collin... Bon! me voilà encore pris, je ne peux pas me faire à ce nom de bourgeois, M. Vautrin y mettra bon ordre. Avant peu, les diamants et la dot prendront l'air, et ils en ont besoin : toujours dans les mômes coffres, c'est contre les lois de la circulation. Quel gaillard ! il vous pose un jeune homme qui a des moyens. — Il est gentil, il gazouille très-bien, l'héritière s'y prend, le tour est fait, et nous partageons. Ah ! ce sera de l'argent bien gagné. Voilà six mois que nous y sommes. Avons-nous pris des flgures d'imbéciles ! tout le monde dans le quartier nous croit de bonnes gens tout simples. Enfin, pour Vautrin que ne ferait-on pas ! 11» nous a dit : « Soyez vertueux, » on l'est. J'en ai peur comme de la gendarmerie, et cependant, je l'aime encore plus que l'argent.

VAUTRIN, appelant dans la coulisse.

Lafouraille !

THÉÂTRE

LAFOURAILLE.

Le voici ! Sa figure ne me revient pas ce matin, le temps est èi l'orage, j'aime mieux que ça tombe sur un autre, donnons-nous

de l'air. (Il va pour sortir.)

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