‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 3)Chapitre 284 sur 325 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

JULIE, seule, se regardant dans une glace.

Beauté, incomparable privilège, le seul qui ne se puisse acquérir et qui cependant n'est qu'une chimère, qu'une promesse, oui, tu me manques! Oh! je le sais! j'avais essayé de te remplacer par la tendresse, par la douceur, par la soumission, par le dévouement absolu qui fait qu'on donne sa vie comme un grain d'encens sur l'aytel... Et voilà toutes les espérances de la pauvre fille laide envolées! Mon idole tant caressée vient de se briser, là, en éclats!... Ce mot : « Je suis belle, je puis charmer, accomplir ma destinée de femme, donner le bonheur, le recevoir! » cette enivrante idée ne s'élèvera donc jamais de mon cœur pour le consoler!... Plus d'illusions, j'ai rêvé... (Elle essuie quelques larmes.) Mes

larmes couleront sans être essuyées : je serai seule dans la vie! H nè m'aimait pas! J'ai revêtu de mes propres qualités, de mes sentiments, un fantôme qui s'est évanoui!... et ma douleur paraîtrait si ridicule, que je dois la cacher dans mon âme... Allons! un dernier soupir à ce premier amour et résignons-nous à devenir, comme tant d'autres femmes, le jouet des événements d'une vie inconnue! Soyons madame de la Brive pour sauver mon père. Abdiquons la belle couronne de l'amour unique, vertueux et partagé!...

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