‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 3)Chapitre 30 sur 325 · Y ALT 3 IN · texte numérisé non relu

Y ALT 3 IN

Et vous comptez marcher longtemps de ce train-là? Ce qua j'ai permis pour fonder notre établissent 3n't, je le défends aujourd'hui. Vous voulez donc tomber du vol dans l'escamotage? Si je ne suis pas compris, je chercherai di meilleurs valets.

BUTEUX

Et où les trouvera-t-il ?

LAFOUR WLLE.

Qu'il en cherche !

VAUTRIN

Vous oubliez donc que je vous ai répondu d î vos têtes à vousmêmes! Ah çà! vous ai-je triés comme des graines sur un volet, dans trois résidences différentes, pour vous laisser tourner autour du gibet comme des mou:hes autour d'une chandelle? Sachez-le bien, chez nous, une imprudence est toujours un crime. Vous devez avoir un air si complètement innocent, que c'était à toi, Philosophe, à te laisser découdre tes galons. N'oubliez donc jamais votre rôle : vous êtes des honnêtes gens, des domestiques fi Jèles, et qui adorez M. Raoul de Frescas, votre maître.

BUTEUX

Vous faites de ce jeune homme un dieu ! vous nous avez attelés à sa brouette ; mais nous ne le connaissons pas plus qu'il ne nous connaît.

PHILOSOPHE

Enfin, est-il des nôtres ?

FIL-DE-SOIE

Où ça nous m'me-t-il?

LAFOUR AILLE.

Nous vou3 obéissons à la condition de reconstituer la Société des

VAUTRIN

Dix Mille, de ne jamais nous attribuer moins de dix mille francs u un coup, et nous n'avons pas encore le moindre fonds social l

FIL-DE-SOIE

Quand serons-nous capitalistes?

BUTEUX

Si les camarades savaient que je me déguise en vieux portier depuis six mois, gratis, je serais déshonoré. Si je veux bien risquer mon cou, c'est afin de donner du pain à mon Adèle, que vous m'avez défendu de voir, et qui, depuis six mois, sera devenue sèche comme une allumette.

LAFOU RAILLE , aux deux autres.

Elle est en prison. Pauvre homme! ménageons sa sensibilité.

VAUTRIN

Avez-vous fini ? Ah çà ! vous faites la noce ici depuis six mois, vous mangez comme des diplomates, vous buvez comme des Polonais, rien ne vous manque.

BUTEUX

On se rouille l

VAUTRIN

Grâce à moi, la police vous a oubliés! c'est à moi seul que vous devez cette existence heureuse! j'ai effacé sur vos fronts cette marque* rouge qui vous signalait. Je suis la tête qui conçoit, vous n'êtes que les bras.

PHILOSOPHE

Suffit!

VAUTRIN

Obéissez-moi tous aveuglément!

LAFOURAILLE.

Aveuglément.

Sans murmurer.

FIL-DE-SOIE

Sans murmurer.

VAUTRIN

Ou rompons notre pacte et laissez-moi ! Si je dois trouver de l'ingratitude chez vous autres, à qui désormais peut-on rendre service?

THÉÂTRE

PHILOSOPHE

Jamais, mon empereur 1

LAFO L'RAILLE.

Plus souvent, notre grand homme!

BUTEUX

Je t'aime plus que je n'aime Adèle.

FIL-DE-SOIE

On t'adore:

VAUTRIN

Je veux vous assommer de "coups!

PHILOSOPHE

Frappe sans écouter.

VA DTRIN.

Vous cracher au visage, et jouer votre vie comme des sou» bouchon.

BUTEDX.

Ah! mais, ici, je joue des couteaux!

VAUTRIN

Eh bien, tue-moi donc tout de suite.

BUTEUX

On ne peut pas se fâcher avec cet homme-là. Voulez-vous que ^ rende la lorgnette? c'était pour Adèle!

TOUS, l'entourant.

Nous abandonnerais-tu, Vautrin ?

LAFOURAILLE.

Vautrin ! notre ami !

PHILOSOPHE

Grand Vautrin !

FIL-DE-SOIF

Notre vieux compagnon, fais de nous tout ce que lu voudras.

VAUTRIN

Oui, je puis faire de vous tout ce que je veux. Quand je pense à ce que vous dérangez pour prendre des breloques, j'éprouve l'envie de vous renvoyer d'où je vous ai tirés. Vous êtes ou en dessus 01 en dessous de la société, la lie ou l'écume; moi, je voudrais vous y faire rentrer. On vous huait quand vous passiez, je veux qu'or

VAUTRIN

vous salue ; vous étiez des scélérats, je veux que vous soyez plus que d'honnêtes gens.

PHILOSOPHE

Il y a donc mieux?

BUTEUX

11 y a ceux qui ne sont rien du tout.

VAUTRIN

Il y a ceux qui décident de l'honnêteté des autres. Vous ne serez jamais d'honnêtes bourgeois, vous ne pouvez être que des malheureux ou des riches; il vous faut donc enjamber la moitié du monde! Prenez un bain d'or, et vous en sortirez vertueux.

FIL-DE-SOIE

Oh! moi, quand je n'aurai besoin de rien, je serai bon prince.

VAUTRIN

Eh bien, toi, Lafouraille, tu peux être, comme l'un de nous, comte de Sainte-Hélène; et toi, Buteux, que veux-tu?

B UTEUX.

Je veux être philanthrope, on devient millionnaire.

PHILOSOPHE

Et moi banquier.

FIL-DE-SOIE

Il veut être patenté.

VAUTRIN

Soyez donc, à propos, aveugles et clairvoyants, adroits et gauches, niais et spirituels (comme tous ceux qui veulent faire fortune). Ne me jugez jamais, et n'entendez que ce que je veux dire. Vous me demandez ce qu'est Raoul de Frescas? Je vais vous l'expliquer : il va bientôt avoir douze cent mille livres de rente, il sera prince, et je l'ai pris mendiant sur la grande route, prêt à se Wre tambour; à douze ans, il n'avait pas de nom, pas de famille, il venait de Sardaigne, où il devait avoir fait quelque mauvais coup, il était en fuite.

BUTEUX

Oh! dès que nous connaissons ses antécédents et sa position sociale...

VAUTRIN

A ta loge!

THÉ A TU Ii

BUTEUX

La petite Nini, la ûlle à Giroflée, y est.

VAUTRIN

Elle peut laisser passer une mouche.

LAFOIIRAILLE.

Elle ! c'est une petite fouine à laquelle il ne faudra pas indiquer les pigeons.

VAUTRIN

Par ce que je suis en train de faire de Raoul, voyez ce que je puis. Ne devait-il pas avoir la préférence? Raoul de Frescas est un jeune homme resté pur comme un ange au milieu de notre bourbier, il est notre conscience; enfin, c'est ma création; je suis à la fote son père, sa mère, et je veux être sa providence. J'aime à faire des heureux, moi qui ne peux plus l'être. Je respire par sa bouche, je vis de sa vie ; ses passions sont les miennes, je ne puis avoir d'émotions nobles et pures que dans le cœur de cet être qui n'est souillé d'aucun crime. Vous avez vos fantaisies, voilà la mienne ! En échange de la flétrissure que la société m'a imprimée, je lui rends un homme d'honneur, j'entre en lutte avec le destin; voulezvous être de la partie? obéissez!

TOUS

A la vie, à la mort!

VAUTRIN, à part.

Voilà mes bêtes féroces encore une fois domptées! (Haut.) Philosophe, tâche de prendre l'air, la figure et le costume d'un employé aux recouvrements, tu iras reporter les couverts empruntés par Lafouraille à l'ambassade. ( a Fii-de-soie. ) Toi, Fil-de-Soie, M. de Frescas aura quelques amis, prépare un somptueux déjeuner, nous ne dînerons pas. Après, tu t'habilleras en homme respectable, aie l'air d'un avoué. Tu iras rue Oblin, numéro 6, au quatrième étage, tu sonneras sept coups, un à un. Tu demanderas le père Giroflée. On te répondra : « D'où venez-vous? » Tu diras : « D'un port de mer en Bohême. » Tu seras introduit. 11 me faut des lettres et divers papiers de M. le duc de Christoval : voilà le texte et les modèles, je veux une imitation absolue dans le plus bref délai. Lafouraille, tu verras à faire mettre quelques lignes aux journaux sur l'arrivée... (n lui parie à roreiiie.) Cçla fait partie de mon plan. Laissez-moi.

VAUTRIN

LAFOURAILLE.

Eh bien, êtes-vous content?

VAUTRIN

Oui.

PHILOSOPHE

Vous ne nous en voulez plus?

Non.

FIL-DE-SOIE

Enfin, plus d'émeute, on sera sage.

BUTEUX

Soyez tranquille, on ne se bornera pas à être poli, on sera honnête .

VAUTRIN

Mlons, enfants, un peu de probité, beaucoup de tenue, et vous serez considérés.

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