SCÈNE XVI Les Mêmes, hors GOULARD et VIOLETTE
DE LA BRI VE
Savez-vous bien, madame, que, si vous n'étiez pas une femme...? Je suis M. de la Brive.
MADAME MERCADET
Vous, M. de la Brive? non, monsieur...
MERCADET
A-t-elle de l'audace! je ne la reconnais plus.
DE LA BRIVE
Comment ! je ne suis pas moi?
MADAME MERCADET
M. de la Brive, monsieur, est un jeune homme que j'ai pu juger hier, à dîner. Il sait que les dettes ne déshonorent personne quand on les avoue, quand on travaille à les payer ; il a de l'honneur ; il les payera, car il a devant lui toute sa vie et il a trop d'esprit pour
5*3 THÉÂTRE/
la vouloir flétrir à jamais par une entreprise que la justice pourrait...
DE LA BR1VE
Madame, je suis bien réellement...
MADAME MERCADET
Je ije veux pas savoir, monsieur, qui vous êtes ! mais, qui que vous soyez, vous apprécierez, je 1# crois, le service que je viens de vous rendre en vous arrêtant sur le bord d'un abîme...
DE LA BRIVE
Madame, votre mari m'y a précipité en me promettant de me rendre des titres qui me barrent mon avenir...
MADAME MERCADET
Mon mari, monsieur, est un honnête homme, et il vous les rendra!... Nous nous contenterons de votré parole, et vous vous acquitterez quand Vous aurez loyalement lait votre fortune.
DE LA BRIVE
Ah! madame, vous m'avez ouvert les yeux! Je suis M, de la Brive : c'est vous dire que, dès ce moment, f entrerai courageusement dans la voie du travail.*
MADAME MERCADET
Le droit chemin, monsieur, celui de l'honneur, est pénible, mais le Ciel y bénit tous vos efforts !...
MERCADET, à part.
On a du crédit, comme ça ! comptez-y, jeune homme !...
DE LA BRIVE
Comment reconnaître?... Je vous serai filialement attaché pour
le reste de mes jours. (Il lui baise la main avec respect, salue Mercadet et rentre dans la chambre de Mercadet.)