‹ Œuvres complètes. Éd définitive (volume 3)Chapitre 49 sur 325 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

JOSEPH, LAFOURAILLE, BUTEUX, puis VAUTRIN.

On entend pendant un instant faire Pnrrr!

Allons, bon! v*là notre air national, ça me fait toujours trem-

^'Gr- (Ufouraille entre.) Qui ôteS-VOUS? (LafouraiUe fait un signe.) Un

LAFOURAILLE.

^ vieux.

JOSEPH

11 est là.

LAFOURAILLE.

^*-ce qu'il attendrait? 11 Va Venir. (Buteux se montre.)

THÉÂTRE

JOSEPH

Comment! vous serez trois?

LAFOURAILLE, montrant Joseph.

Nous serons quatre.

JOSEPH

Que venez-vous donc faire à cette heure? Voulez-vous tout prendre ici?

LAFOURAILLE.

11 nous croit des voleurs !

BUTEUX

Ça se prouve quelquefois, quand on est malheureux, mais çs ne se dit pas...

LAFOURAILLE.

On fait comme les autres, on s'enrichit, voilà tout !

JOSEPH

Mais M. le duc va...

LAFOURAILLE.

Ton duc ne peut pas rentrer avant deux heures, et ce temjz: nous suffît; ainsi ne viens pas entrelarder d'inquiétudes le plat dE notre métier que nous avons à servir...

BUTEUX

Et chaud!

VAUTRIN, vôtu d'une redingote brune, pantalon bleu, gilet noir, les cheveu courts, un faux air de Napoléon en bourgeois. Il entre, éteint brusquement chandelle et tire sa lanterne sourde.

De la lumière ici ! vous vous croyez donc encore dans la ^ bourgeoise? Que ce niais ait oublié les premiers éléments, cela

Conçoit; mais VOUS autres! (A Buteux, en lui montrant Joseph. ) MetS-

du coton dans les oreilles, allez causer là-bas. (a Lafouraiiie.) Et petit?

LAFOURAILLE.

Gardé à vue.

VAUTRIN

Dans quel endroit?

LAFOURAILLE.

Dans l'autre pigeonnier de la femme à Giroflée, ici près, derrière les Invalides.

VAUTRIN

Et qu'il ne s'en échappe pas comme cette anguille de Saint- Charles, cet enragé, qui vient de démolir notre établissement... car je... je ne fais pas de menaces...

LAFO UR AILLE.

Pour le petit, je vous engage ma tête! Philosophe lui a mis des cothurnes aux mains et des manchettes aux pieds, il ne le rendra qu'à moi. Quant à l'autre, que voulez-vous ! la pauvre Giroflée est bien faible contre les liqueurs fortes, et Blondet Ta deviné.

VAUTRIN

Qu'a dit Raoul?

LAFOURAILLE.

Des horreurs! il se croit déshonoré. Heureusement, Philosophe n'adore pas les métaphores.

VAUTRIN

Conçois-tu que cet enfant veuille se battre à mort? Un jeune homma a peur, il a le courage de ne pas le laisser voir et la sottise de se laisser tuer. J'espère qu'on Ta empêché d'écrire?

LAFOURAILLE, à part.

Aïe! aïe! (Haut.) Il ne faut rien vous cacher: avant d'être serré, prince avait envoyé la petite Nini porter une lettre à l'hôtel de Christoval.

VAUTRIN

A Inès?

A Inès.

VAUTRIN

Ah! puff!... des phrases!

LAFOURAILLE.

Ah! puff!... des bêtises!

VAUTRIN, à Joseph.

Eh! là-bas! l'honnête homme!

BUTEUX, amenant Joseph à Vautrin.

Donnez donc à monsieur des raisons, il en veut.

JOSEPH

Il me semble que ce n'est pas trop exiger que de demander ce que je risque et ce qui me reviendra.

xvm. 7

THÉÂTRE

VAUTRIN

Le temps est court, la parole est longue, employons l'un pensons-nous de l'autre. Il y a deux existences en péril, cel! homme qui m'intéresse et celle d'un mousquetaire que j inutile : nous venons le supprimer.

JOSEPH

Gomment! M. le marquis? — Je n'en suis plus.

LAPOURAILLE.

Ton consentement n'est pas à toi.

BUTEUX

Nous l'avons pris. Vois-tu, mon ami, quand le vin est tiré,

JOSEPH

S'il est mauvais, il ne faut pas le boire.

VAUTRIN

Ah ! tu refuses de trinquer avec moi? Qui réfléchit calcu qui calcule trahit.

JOSEPH

Vos calculs sont à faire perdre la tête.

VAUTRIN

Assez, tu m'ennuies I Ton maître doit se battre demain, ce duel, l'un des deux adversaires doit rester sur le terrain; C toi que le duel a eu lieu, et que ton maître n'a pas eu de et

BUTEUX

Comme c'est juste!

LAPOURAILLE.

Et profond! Monsieur remplace le Destin.

JOSEPH

Joli état !

BUTEUX

Et pas de patente à payer.

VAUTRIN , à Joseph, lai désignant Lafouraille et Buteux.

Tu vas les cacher.

JOSEPH

Où?

VAUTRIN

Je te dis de les cacher. Quand tout dormira dans l'hôtel, ex nous, fais-les monter chez le mousquetaire, (a Bateux et a :

VAUTRIN

rame.) Tâchez d'y aller sans lui; vous serez deux et adroits; la fenêtre de sa chambre donne sur la cour, (n lui parie à roreiiie.) Précipitez-le, COmme tOUS les gens au désespoir. (Il «e tourne yers Joseph.)

Le suicide est une raison, personne ne sera compromis.

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