SCÈNE V JOSEPH, VAUTRIN
Vautrin paraît avec un surtout couleur de tan, garni de fourrures, dessous noir; il a la tenue d'un ministre diplomatique étranger en soirée.
JOSEPH
Maudite ûlle! nous étions perdus.
VAUTRIN
Tu étais perdu. Ah çà ! mais tu tiens donc beaucoup à ne pas te reperdre, toi? Tu jouis donc de la paix du cœur ici?
JOSEPH
Ma foi, je trouve mon compte à être honnête.
VAUTRIN
Et entends-tu bien F honnêteté?
JOSEPH
^lais, ça et mes gages, je suis content.
VAUTRIN
Je te vois venir, mon gaillard. Tu prends peu et souvent, tu amasses, et tu aurais encore l'honnêteté de prêter à la petite semaine. Eh bien, tu ne saurais croire quel plaisir j'éprouve à voir une de mes vieilles connaissances arriver à une position honorable. Tu le peux, tu n'as que des défauts, et c'est la moitié de la vertu. Moi, j'ai eu des vices, et je les regrette... Comme ça passe! Et Maintenant, plus rien! il ne me reste que les dangers et la lutte, ^près tout, c'est la vie d'un Indien entouré d'ennemis, et je dét^nds mes cheveux.
Et les miens?
VAUTRIN
Les tiens?... Ah! c'est vrai. Quoi qu'il arrive ici, tu as la parole Jacques Collin de n'être jamais compromis ; mais tu m'obéiras ^Otout!
JOSEPH
En tout!... Cependant...
THÉÂTRE