‹ Œuvres complètes. Éd définitiveChapitre 20 sur 88 · LA MORT DE MA TANTE · texte numérisé non relu

LA MORT DE MA TANTE

Italie! ne te lèveras-tu donc jamais en masse pour exterminer les Tedeschi et surtout les sots livres que tant de sots ont voulu re en ton honneur? Gomment! tu n'as pas de poëte, de sati- ;iie« de vengeur assez audacieux pour immoler, sous une poiaate moquerie, ceux qui vont te polluant sans cesse, toi et tes riflsantes figures, ton ciel chaud, tes monuments fauves, tes lents paysages, tes montagnes bleues et tes belles vallées inon« es de lumière et d'amour!

Ui! si je vais visiter jamais ce pays de poésie et de passion, de resse et de soleil, je serai comme un prêtre amoureux qui, pruimment, ne publie pas ses conquêtes, jouissant, dans l'ombre et silence, des trésors complaisamment offerts à sa vue discrète... Quoi! cette terre n'a pas un seul vallon secret, une petite grotte, -grande comme une pantoufle, — brune, étroite et moussue, 1 puisse aborder un voyageur en s'écriant : a J Vrive ici le preierl... »

Non, le vulgaire a si bien piétiné, tàté, sali, foulé cette vieille ibauchée, encore dans les langes du despotisme, et qui, au mot Liberté! » élève sa tête, comme un enfant curieux de voir 1 delà de son berceau ; il a si bien fatigué ce carrefour depuis iQgtemps effondré par les aldermen et les tourisis du monde ^er, que je n'y connais pas un seul point vierge dont la desiption puisse imprimer une piquante verdeur à ce passage, où je Hidrais placer la Mort de ma tant^ en forme de vignette capricieu* ifflent dessinée au bas d^n livre, pour y remplacer le mot fin!... ir, après tout, la mort est la fin de bien des livres I...

Eh bien, elle mourut à un endroit que j'ai toujours admiré dans une des estampes du voyage de l'abbé de Saint-Non... Cest à Pextrémité de la baie de Naples. (Voyez la planche xxn.) Ahl quel dell... Par le corps du Christ I l'artiste, le graveur et le typographe Pont miraculeusement bien rendu I... Ces nuages me réchauffent!... II y a du feu sur ce froid papierl... Tout le monde se dira conune moi : a Voilà bien comme je me figure que doit être l'Italie! Est-il posfflble de mourir sous les caresses de cette brise en respirant cet air embaumé, cette haleine pleine de vie« en voyant scintiller les facettes lumineuses de ces flots diaphanes qui se succèdent sar le rivage comme des mots d'amourl... »

A Taspect de cette estampe, je devine qu*il est midi ! TenteiidSi au milieu de ce profond silence, les gazouillements d^une dgale. Et voyez donc cette chèvre qui grimpe, et qui, de ses deux lèvres lascives, arrache avec dépit la baie d'un fruit ou la feuille de cet arbre. N'admirez-vous pas aussi ce fainéant coudié qui bàilld, i deux pas de ces pécheurs groupés autour d*un homme improvisant sur sa guitare un chant doux et suave... Quel peuple! U atteint sans peine ce que les Anglais et les riches cherchent en vain. Cest là qu'il faut aller vivre, et non pas mourir I... Ah! quel endroit j'ai choisi pour faire expirer ma tante I La mort et ce paysage!... mais c'est une antithèse I

— La signora aurait certainement vécu fort longtemps encore, sans le naufrage de la Santa-Maria, disait un vieux médecin.

— Non, docteur! Tenez, le cœur était affecté d'un anévrisme, et... elle serait toujours morte, répondit un chirurgien vôtu d'un tablier sanglant, et qui se grattait la tête avec le manche de son scalpel.

Les médecins discutaient devant le cadavre ouvert de ma pauvre tante!... Et son fils était dans le salon voisin, abîmé dans une horrible douleur.

— N'entrez pas, mon cousin, lui dis-je, ils font l'autopsie...

— Horreur! s'écria Sébastien.

Et il sortit dans un état d'irritation qui ressemblait à une frénésie.

Au bord de la mer, il entendit, vers le soir, le chant lugubre des prêtres qui étaient venus chercher processionnellement le corps de sa mère.

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