‹ Œuvres complètes. Éd définitiveChapitre 21 sur 88 · LA MORT DE MA TANTE · texte numérisé non relu

LA MORT DE MA TANTE

Monateur, on n'attend plus que vous pour la cérémonie» lui dit poliment le majordome de la Mort.

— Je n'irai pasl... s'écria-t-il.

— Voilà un jeune homme bien dépravé I répondit en murmurant le vieillard officiel.

— Il est donc sans religion? ajouta un lazzarone.

— - Il ne croit pas à la Vierge I... cria une vieille femme.

— Cest pourtant sa mère!... dit un pécheur.

La foule s'accrut, elle se passionna, rugit^ et le tumulte commença.

— Un bérétiqoe!... un parriddel... un excommuniél... — A mort, parricide 1 hérétique I...

Sébastien, immobile et froid, regarda dédaigneusement cette foule. Le convoi de sa mère se voyait dans le lointain. Les prêtres suivaient les contours du rivage pour aller au cimetière...

— SlivalisHmi (triples niais) I... cria une voix forte partie d'une large poitrine.

En apercevant un marin trapu, carré, colère, les gens du groupe De lancèrent pas les pierres qu'ils avaient ramassées pour assommer le prétendu parricide.

— Il a sauvé sa mère lors du naufrage de la SantOrUaria! dit le marin d'une voix màle.

— Quoil tfest lui?... Ahl c'est luil... Bravo! bravo! bravo!... Pauvre jeune homme!...

Puis tout à coup soixante bras s'élevèrent pour porter le héros en triomphe.

— Laissez-le donc ! s'écria le seul matelot qui eût échappé au naufrage de la SantOrMaria. Ne voyez-vous pas qu'il est presque évanoui de douleur?

Le convoi, ayant tourné l'angle d'un rocher, venait de disparaître, et Sébastien ne voyait plus, dans le lointain, les prêtres, leurs torches, le cercueil et la croix...

Taccourus, et j'aidai le matelot à porter mon cousin dans la villa où sa mère était morte la veille.

Le peuple alla se joindre au convoi, et chaque Napolitain débita jneusement un certain nombre de Pater et i'Ave sur la tombe de la signera ; seule aumône qu'ils pussent faire; — une aumône en

CONTES £T NOUYELLBS.1

rl^tu^e; une prière vive et sincère, un sentiment plus précieux que toutes les richesses de la terre, un concert de vœux pour le bonheur de la morte, pour ma tante bien-aiméel... — Elle était belle encore à trente-six ^ans. Vous l'eussiez adorée, autant que moi, qui en étais amoureux I

— Poverinal... disaient-ils en revenant, piccininaI..«poverinaU.

Puis ces braves gens, mobiles cooime des nuages, reacontrèreat des marionnettes en arrivant sur le port. Ils oublièrent tout pour le seigneur Polichinelle, — le plus puissant de tous les souverains. — La vertu, la religion sont de belles institutions; mais, à Naples, Polichinelle, lutte toujours, avep . succès, contre ces deux principes sociaux, et il les fait sauter joyeusement en. achevant sa partie de bâton avec le commissaire...

Et, comme ces Napolitains naïfs, je devais aussi, un beau joar, ne plus penser à ma tante, que parfois, le soir, si je retrouve uo de ses gestes dans les gestes d'upe jolie femme; ou si, en regardant les tisons d'un foyer, je reconnais, dans les caprices du brasier, son nez fin, plein d'enjouement... Ainsi de toutes les tantes!... et, un jour, de moi, de vous!,.. La mémoire est une courtisane,— toujours au dernier venu, au plus riche I .

Décembre 1830.

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