‹ Œuvres complètes. Éd définitiveChapitre 25 sur 88 · UNE PASSION AU COLLÈGE · texte numérisé non relu

UNE PASSION AU COLLÈGE

pourquoi ce délire, pourquoi ces cris où est entremêlé mon nom? Que me voulez-vous? Seriez-vous souffrant?

— Quoi! j*ai dit votre nom! Mon sommeil a révélé mon secret! Ah! pardonnez, madame; ou plutôt plaignez les soufTrances que vous causez.

— Comment? que dites-vous? Mais rappelez donc vos sens, Édouard, calmez cette agitation qui m'effraye.

— Elle ne me quitte jamais.

— Une fièvre ardente vous agite en ce moment.

— C'est toujours ainsi, madame, quand je pense à vous.

— Édouard, Édouard, chassez, vous dis-je, les dernières idées d'un songe agité... pour vous rappeler le respect... Mais qu'entends-je?... Oh! mon Dieu! nous sommes surpris!... Édouard! Édouard ! malheureux enfant ! . . .

Et elle tomba évanouie dans le cabinet de mon alcôve.

Cette violente scène fut un éclair qui me grandit à mes propres yeux, et qui me vieillit tout à coup de plusieurs années d'expérience. J'avais compris Tamour avant de le savoir, je voulais débuter conveqablement.

— Bonjour, Hector, dis-je avec le sang-froid le plus risiblement étudié, car c'était lui qui venait m'éveiller pour nous rendre au collège. Comment I ajoutai-je, est-ce que nous allèns partir tout de suite?...

— A présent môme, il le faut, l'heure avance, et nous serons en retenue à la prochaine sortie. Je ne dirai p^bs môme adieu à maman, de peur de nous retarder; ainsi, vois!

— A ta maman? Ah! oui..., tu as raison, il ne faut point troubler son sommeil; partons.

Et, promptement babillé, je quittai la maison de Clémence çans pouvoir lui dire adieu, sans savoir même si elle était revenue de son évanouissement.

Arrivé au collège, je recueillis toutes les nouvelles idées, j'étudiai toutes les sensations qui surgissaient en moi pour écrire à celle qui en était la cause, et j'attendis avec une incroyable anxiété le dimanche suivant, qu'un vague pressentiment me faisait entrevoir comme un jour de félicité. Enfin arriva le terme de cette semaine, la plus longue de ma vie, où, en proie au délire d'une

CONTES ET NOUVELLES

imagination aride et ignorante,- dévoré d'un secret que je ne vc^^^, lais point partager, je passai les jours et les nuits essayant <x pénétrer un mystère que j'ignorais toujours davantage. Ivre d bonheur, je cours chez Clémence...

Elle était partie poiir les eaux.

Janvier 1831.

UN

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