‹ Œuvres complètes. Éd définitiveChapitre 28 sur 88 · LE GQRNAG DE CARLSRUHE · texte numérisé non relu

LE GQRNAG DE CARLSRUHE

îTcé au milieu des cris féroces d'une ménagerie, élevé dans mérité des mœurs carnassières, séparé du monde par une -grille, le possédant de civilisation que cette part un peu équivoque tigre apprivoisé, le cornac de Garisruhe ne connaissait qu'un re de gloire» voir trembler devant lui ses féroces sujets; qu'un re de bonheur, caresser tour à tour Lessica, sa compagne au ird de feu, et Tony, son grand ours blanc, son ami d'enfance, ire lequel de ces deux êtres le cornac aimait le mieux lui eût chose impossible; ces deux affections complétaient son existe d'homme-lion.

ussi, toute l'implacable colère de cette dernière nature s'emï-t-elle de son âme quand il vint à soupçonner une trahison la part de Lessica.

lusieurs fois, il avait remarqué un jeune seigneur, dont les [uentes visites à la ménagerie semblaient révéler un autre if qu'une curiosité vulgaire; mais il fallut que le hasard lui en mit l'horrible preuve pour qu'enfin il doutât de la fidélité de ompagne, de celle qu'il aimait à Tégal de Tony! n billet du jeune seigneur annonçait à Lessica que toutes les (lu^s étaient prises pour réaliser leurs vœux; que, cette nuit ïie, il fr^chirait le mur de la première cour pour l'enlever et ' avec elle, loin des deux ours qui la gardaient, aire parvenir la lettre à Lessica, se promettant bien de faire ^r un rôle à son poignard, fut pour le Cornac le résultat de aa caière pensée. Puis, en attendant l'heure de la vengeance, il I s'enfermer avec Tony, le seul qui ne l'eût jamais trahi.

Tout le jour, ce fut un mutuel épanchement d'amitié, coin:me un échange de commisération entre l'ours et son maître. Gelui^^ la rage au cœur et le désespoir aux yeux, balbutiait sa douleur^ eo frottant sa figure contre le front rugueux de son confident^ ^ ranimai semblait comprendre, en considérant d'un œil mome chaque larme que son maître laissait tomber sur ses pattes velues.

... Deux heures du matin avaient sonné et toute la ville était ensevelie dans le plus profond repos. Seulement, la rue aboutissant à la ménagerie retentissait du bruit régulier de l'éperon, et ixti jeune cavalier s'arrêta bientôt au pied du mur de cette enceinte- La lune, qui éclairait brillante en cet instant, lui permit de cboi»^ les cavités les plus commodes pour l'escalade; il se cramponff^ hardiment; parvenu au faîte du mur, il enjamba avec résolutio:^» descendit comme il était monté, et disparut tout à fait derrièr:^ l'enclos.

Arrivé à terre, il avança de quelques pas, puis fixa des regar^:3s inquiets sur une petite croisée qui jetait une faible clarté. Bientôt une jeune femme parut, agitant amoureusement un moucboi^if blanc; mais, derrière cette figure céleste, le cavalier crut v»* celle du cornac, s' agitant horriblement...

Dans le môme instant, il mit l'épée à la main et se retourna bruit de pas pesants...

L'ours blanc, debout, l'œil joyeux, la gueule béante et les br^ longs, s'avançait pour le happer!...

— Bravo, Tony, bravo ! burlait le cornac, qui tenait sa femio* échevelée et la mordait cruellement, car il l'aimait trop pour 1^ poignarder. Défends bravement ton maître, qui t'a réservé fameux souper.

Et l'ours, haut de six pieds, franchissait, en se dandinant avec une nonchalance civilisée, l'espace que laissait le jeune seigneur en reculant d'effroi.

Enfin le danger ranima son courage ; le malheureux se fendit j plusieurs fois l'épée haute, à la grâce près, comme il faisait à la J salle d'armes, et autant de fois son terrible adversaire, enlacné, I bondit à reculons. I

Mais Tony devint furieux. 1

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