‹ Œuvres complètes. Éd définitiveChapitre 48 sur 88 · SON HABITANT · texte numérisé non relu

SON HABITANT

PHTSIONOlflE DE LA RUE

a des rues courbes, des rues qui serpentent; mais peutcompte-t-il que la rue Boudreau, dans la Ghaussée-d'Antin, ; du Luxembourg, la rue Duguay-Trouin, qui figurent exacune équerre. La rue Duguay-Trouin étend une de ses deux !S sur la rue de l'Ouest, et l'autre sur la rue de Fleurus. J27, la rue Duguay-Trouin n'était pavée ni d'un côté ni de elle n'était éclairée ni à son angle rentrant, ni à ses bouts, •e encore aujourd'hui tfest-elle ni pavée ni éclairée. A la cette rue a si peu de maisons, ou les maisons ont tant de ie, qu'on ne les aperçoit point ; l'oubli de la ville s'eiplique ir le peu d'importance des propriétés, ifaut de solidité dans le terrain explique cet état de choses, est située sur un point si dangereux des catacombes, que s une certaine portion de la chaussée a disparu, laissant une ion aux yeux étonnés des quelques habitants de ce coin de

; beaucoup de bruit dans les journaux à ce propos. L*admim reboucha le foniis, tel est le nom de cette banqueroute

CONTES ET NOUVELLES

territoriale, et les jardins qui bordent cette rue sans passuits « rassurèrent d'autant mieux que les articles ne les atteigoirett point.

La branche de cette rue qui débouche sur la rue de nenrosest entièrement occupée, à gauche, par un mur au chaperon duquel | brillent des ronds de bouteille et des pointes de fer prises dans le | plâtre, espèce d'avis donné aux mains des amants et des ?oleuis.

Dans ce mur, il existe une porte perdue, la fameuse petite pvi ^ du jardin, si nécessaire dans les drames, dans les romans, et fl,^ commence à disparaître de Paris.

Cette porte, peinte en gros vert, à serrure invisible, ettf1 laquelle le contrôleur des contributions n'avait pas encore ti peindre de numéro; ce mur le long duquel croissent desortieset des herbes à épis barbus, cette rue à ornières, les autres murailles grises et lézardées, couronnées par des feuillages, là toutesteo harmonie avec le silence qui règne dans le Luxembourg, dans le couvent des Carmes, dans les jardins de la rue de Fleunis.

Si vous alliez là, vous vous demanderiez : « Qui esKeqoifeot demeurer ici?.., »

Qui?... vous allez voir.

SILHOUETTE DE l'HABITANT

Un jour, sur les trois heures du soir, cette porte s'ouvrit; il en sortit un petit vieillard grassouillet, pourvu d'un abdomen flottant et proéminent qui Toblige h bien des sacrifices, car il est forcé de porter un pantalon excessivement large, aûn de ne pas gêner ses mouvements; aussi, depuis longtemps, a-t-il renoncé complètement à l'usage des bottes et des sous-pieds; il a des souliers, ei ses souliers étaient à peine cirés.

Le gilet, incessamment repoussé vers le plan supérieur des cavités gastriques par ce ventre de cuisinier, et déprimé par le poids de deux protubérances ihoraciques qui feraient le bonheur d'une femme maigre, offre à la plaisanterie des passants une ressem*

nce parfaite avec une serviette roulée sur les genoux d'un coae absorbé dans une discussion au dessert. AS deux jambes sont grêles, le bras est long, une des deux ins n'a de gant que dans les occasions les plus solennelles, et litre ignore absolument les bénéfices de cette seconde peau. Ile personnage évite Taumône et la pitié que lui mérite Tétat me vénérable redingote verte, par une rosette rouge qui prouve tlKté de Tordre de la Légion d'honneur, un peu trop contestée [Mis dix ans, disent les nouveaux chevaliers. Lb chapeau bossué, dans un système constant d'horripilation i endroits où persiste un poil roussàtre, ne serait pas ramassé r le chiffonnier si le petit vieillard l'oubliait sur une borne. Beaucoup trop distrait pour s'astreindre à la gêne qu'exige e perruque, ce savant (c'est un savant) montre, en saluant, une e qui, vue d'aplomb, a toute l'apparence du genou de l'Hercule niëse.

\urdessus de chaque oreille , quelques bouquets de cheveux mes tortillés brillent au soleil comme les soies factieuses d'un iglier poursuivi. Le cou, d'ailleurs, est athlétique et se recommde à la caricature par une infinité de rides, de saillants, par fanon flétri, mais armé de piquants à la façon des orties. L'état constant de la barbe explique aussitôt pourquoi la crate, constamment refoulée, roulée, travaillée par les mouvements me tête inquiète, a comme une contre-barbe infiniment plus uce que celle du bonhomme, et composée des fils éraillés de tissu malheureux.

Ifaintenant, si vous avez deviné le torse, le dos puissant d'un vailleur obstiné, vous connaîtrez la figure douce, un peu blade, les yeux bleus extatiques et le nez fureteur de ce vieillard; ind vous saurez que le matin, coiffé d'un foulard, et serré dans robe de chambre, l'illustre professeur (il est professeur) res* ible tant à une vieille femme, que plus d'un jeune homme imand, venu du fond de la Saxe, de Weymar ou de la Prusse ir le voir, lui a dit : « Pardon, madame ! » et s'est retiré, lette silhouette d'un des plus savants et des plus vénérés mems de l'Institut, accusa si bien l'entraînement de l'étude et les factions causées par la recherche de la vérité, que vous devez

reconnaître le célèbre professeur Jean-Népomucène-Apollodore Marmus de Saint-Leu, l'un des plus beaux génies de ce temps.

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