PLAN DE CE TRAITÉ
— J'arrive de Pierrefonds, où j'étais allé voir mon oncle : il est riche, il a dos chevaux, il ne sait seulement pas ce que c'est qu'un tigre, un groom, un britsclika, et va encore dans un cabriolet à pompe!...
TRAITÉ DE LA VIE ÉLÉGANTE
— Eh quoi! s'écria tout à coup notre honorable ami L. M... en déposant sa pipe entre les bras d'une Vénus à la tortue qui décore sa cheminée; eh quoi! s'il s'agit de l'homme en masse, il y a le code du droit des gens; d'une nation, code politique; de nos intérêts, code civil; de nos différends, code de procédure; de notre liberté, code d'instruction ; de nos égarements, code pénal; de l'industrie, code du commerce; de la campagne, code rural; des soldats, code militaire; des nègres, code noir; de nos bois, code forestier; de los coquilles pavoisées, code maritime... Enfin nous avons tout ormulé, depuis le deuil de cour, depuis la quantité de larmes que €i> tis devons verser pour un roi, un oncle, un cousin, jusqu'à la 1^3 et jusqu'au pas d'un cheval d'escadron...
— Eh bien, quoi? lui dit E. de G... en ne s'apercevant pas que c^Ure honorable ami reprenait haleine.
Eh bien, répliqua-t-il, quand ces codes-là ont été faits, je ne
s quelle épizootie (il voulait dire épidémie) a saisi les cacograt^^s, et nous avons été inondés de codes... La politesse, la gour- M^andise, le théâtre, les honnêtes gens, les femmes, l'indemnité, colons, l'administration, tout a eu son code. Puis la doctrine de >aint-Simon a dominé cet océan d'ouvrages, en prétendant que la édification (voyez V Organisateur) était une science spéciale...
ut-être le typographe s'est-il trompé et n'a-t-il pas bien lu caur ^^^cation, de caiida, queue..., mais n'importe... — Je vous dei^^nde, ajouta-t-il en arrêtant un de ses auditeurs et le tirant un bouton, n'est-ce pas un vrai miracle que la vie élégante '^'^it pas trouvé de législateurs parmi tout ce monde écrivant et ^^sant? Ces manuels, même ceux du garde champêtre, du ^•^ire et du contribuable, ne sont-ils pas des fadaises auprès n traité sur la mode? La publication des principes qui rendent "Vie poétique n'est-elle pas d'une immense utilité? Si, en pro- ■^ce, la plupart de nos fermes, closeries, borderies, maisons, '^^^tairies, bordages, etc., sont de véritables chenils; si le bétail, ^ surtout les chevaux, obtiennent en France un traitement indigne ^ n peuple chrétien; si la science du confortable, si le briquet de ^^-^^mortel Fumade, si la cafetière de Lemare, si les tapis à bon ^^rché sont inconnus à soixante lieues de Paris, il est bien certain ^Viç ce manque général des plus vulgaires inventions dues à la
ESSAIS ANALYTIQUES
scietfce moderne vient de l'ignorance dans laquelle nous laissons croupir la petite propriété! L'élégance se rattache à tout. Elle tend à rendre une nation moins pauvre, en lui inspirant le goût du luxe, car un grand axiome est certes celui-ci :
La fortune que Ton gicquiert est en raison des besoins que Ton se crée.
Elle donne (toujours Télégance) un aspect plus pittoresque à un pays, et perfectionne l'agriculture; car des soins apportés au vivre, au couvert des animaux, dépend la beauté des races et de leurs produits. Or, allez voir dans quels trous les Bretons logent leurs vaches, leurs chevaux, leurs moutons et leu^rs enfants, et vous avouerez que, de tous les livres à faire, un traité sur Télégance est le plus philanthropique et le plus national. Si un ministre a laissé son mouchoir et sa tabatière sur la table de Louis XVllI, si les miroirs dans lesquels un jeune élégant se fait la barbe, chez un vieux campagnard, lui donnent Fair d'un homme près de tomber en apoplexie, et si enfin votre oncle va encore dans un cabriolet a pompe, c'est assurément faute d'un ouvrage classique sur la mode!...
Notre honorable ami parla longtemps et très-bien avec celte facilité d'élocution que les envieux nomment bavardage; puis il conclut en disant :
— L'élégance dramatise la vie...
Oh! alors, ce mol éveilla un hourra général. Le sagace E. deG... prouva que le drame ne pouvait guère ress;)rtir de runifonuilé imprimée par l'élégance aux mœurs d'un pays, et, mettant en regard TAngleterre et l'Espagne, il démontra sa thèse en enrichissant son argumentation des couleurs locales que lui fournirent les habitudes des deux contrées. Knfin il termina ain^i :
— Il est facile, messieurs, d'expliquer cettii lacune dans la science. Eh! quel homme jeune ou vieux serait assez hardi pour assumer sur sa téte une aussi accablante responsiibiliié? Pour
TRAITÉ DE LA VIE ÉLÉGANTE. 495
treprendre un traité de la vie élégante, il faudrait avoir un faname d'amour-propre inimaginable ; car ce serait vouloir dominer \ personnes élégantes de Paris, qui, elles-mêmes, tâtonnent, rayent et n'arrivent pas toujours à la grâce. En ce moment, d'amples libations ayant été faites en l'honneur la fashionable déesse du thé, les esprits s'étaient élevés au ton
I rilluminisme. Alors, un des plus élégants* rédacteurs de la tde se leva en jetant un regard de triomphe sur ses collaborairs :
— Cet homme existe, dit-il.
Un rire général accueillit cet exorde, mais le silence de l'admition y succéda bientôt quand il eut ajouté :
— Brummcl!... Brummel est à Boulogne, banni de l'Angleterre iT de trop nombreux créanciers, oublieux des services que ce itriarche de la fashion a rendus à sa patrie!...
Et alors la publication d*un traité sur la vie élégante parut facile fut unanimement résolue, comme étant un arand bienfait pour mmanité, comme un pas immense dans la voie des progrès.
II est inutile d'ajouter que nous devons à Brummel les induc- >ns philosophiques par lesquelles nous sommes arrivé à démon- Bf, dans les deux précédents chapitres, combien la vie élégante : liait fortement à la perfection de toute société humaine : les iciens amis de cet immortel créateur du luxe anglais auront, nous îspérons, reconnu la haute philosophie à travers la traduction iparfaite de ses pensées.
11 nous serait difficile d'exprimer le sentiment qui s'empara de >us lorsque nous vîmes ce prince de la mode : c'était tout à la is du respect et de la joie. Comment ne pas se pincer épigramatiquement les lèvres, en voyant l'homme qui avait inventé la lilosophie des meubles, des gilets, et qui allait nous léguer des dômes sur les pantalons, sur la grâce et sur les harnais? Mais aussi comment ne pas être pénétré d'admiration pour le us intime ami de George IV, pour le fashionable qui avait im- >sé des lois à l'Angleterre, et donné au prince de Galles ce goût î toilette et de conforlabilisme qui valut tant d'avancement aux