‹ Œuvres complètes. Éd définitiveChapitre 72 sur 88 · S I — PRINCIPES QBGUMÉNIQDES DE LA TOILETTE · texte numérisé non relu

S I — PRINCIPES QBGUMÉNIQDES DE LA TOILETTE

Les gens qui s'habillent à la manière du manouvrier, dont le corps endosse quotidiennement, et avec insouciance, la même enveloppe, toujours crasseuse et puante, sont aussi nombreux que ces niais allant dans le monde pour n'y rien voir, mourant s avoir vécu, ne connaissant ni la valeur d'un mets ni la puissance des f* mmes, ne disant ni un bon mot ni une sottise. Mais,

TRAITÉ DE LA VIE ÉLÉGANTE

€4 mon Dieu, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font! »

S'il s'agit de les convertir à Télégance, pourront-ils jamais comprendre ces axiomes fondamentaux de toutes nos connaissances?

La brute se couvre, le riche ou le sot se parent, l'homme élégant s'habille.

La toilette est, tout à la fois, une science, un art, une habitude, an sentiment.

En effet, quelle est la femme de quarante ans qui ne reconnaîtra pas une science profonde dans la toilette? N'avouez-vous pas qu'il ne saurait exister de grâce dans le vêtement, si vous n'êtes accoutumé à le porter? Y a-t-il rien de plus ridicule que la grisette en robe de cour? Et quant au sentiment de la toilette, combien, par le monde, compterez-vous de dévotes, de femmes et d'hommes auxquels sont prodigués l'or, les étoffes, les soieries, les créations les plus merveilleuses du luxe, et qui s'en servent pour se donner Tair d'une idole japonaise! De là suit un aphorisme également vrai, que même les coquettes émérites et les professeurs de séduction doivent toujours étudier :

La toilette ne consiste pas tant dans le vêtement que dans une certaine manière de lé porter.

Aus^ n'est-ce pas tant le chiffon en lui-même que l'esprit du chiffon quMl faut saisir. 11 existe au fond des provinces, et même à Paris, un bon nombre de personnes capables de commettre, en fait de modes nouvelles. Terreur de cette duchesse espagnole qui, * recevant une précieuse cuvette de structure inconnue, crut, après

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bien des méditations, entrevoir que sa forme la destinait à paraître sur la table, et offrit aux regards des convives une daube truffée, n'alliant pas des idées de propreté avec la porcelaine dorée de ce meuble nécessaire.

Aujourd'hui, nos mœurs ont tellement modifié le costume, qu'il n'y a plus de costume à proprement parler. Toutes les familles européennes ont adopté le drap, parce que les grands seigneurs, comme le peuple, ont compris instinctivement cette grande vérité : il vaut beaucoup mieux porter des draps fins, et avoir des chevaux, que de semer sur un habillement les pierreries du moyen âge et de la monarchie absolue. Alors, réduite à la toilette, Télégaoce consiste en une extrême recherche dans les détails de rhabillement : c'est moins la simplicité du luxe qu'un luxe de simplicité. Il y a bien une autre élégance; mais elle n*est que la vanité dans la toilette. Elle pousse certaines femmes à porter des étoffes bizarres pour se faire remarquer, à se servir d'agrafes en diamants pour attacher un nœud; à mettre une boucle brillante dans la coque d'un ruban; de mëmé que certains martyrs de la mode, gens à cent louis de rente, habitant une mansarde et voulant se mettre dans le dernier genre, ont des pierres à leur chemise le matin, attachent leurs pantalojis avec des boutons d'or, retiennent leurs fastueux lorgnons par des chaînes, et vont dîner chez Tabar!... Ck)mbien de ces Tantales parisiens ignorent, volontairement peut-être, cet axiome :

La toilette ne doit jamais être un luxe.

Beaucoup de personnes, même de celles auxquelles nous avons reconnu quelque distinction dans les idées, de l'instruction et de la supériorité de cœur, savent difficilement connaître le point d'intersection qui sépare la toilette de pied et la toilette de voiture!

Quel plaisir ineffable, pour l'observateur, pour le connaisseur, de rencontrer par les rues de Paris, sur les boulevards, ces iemmes de génie qui, après avoir signé leur nom, leur rang, leur fortune, dans le sentiment de leur toilette, ne paraissent rien aux

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feux du vulgaire, et sont tout ud poème pour les artistes, pour les pens du monde occupés à flâner I C'est un accord parfait entre la oaleur du vêtement et les dessins; c'est un fini dans les agréoents qui révèle la main industrieuse d'une adroite femme de Cambre. Ces hautes puissances féminines. jsavent merveilleusenent bien se conformer à Thumble rôle de piéton, parce qu'elles yat maintes fois expérimenté les hardiesses autorisées par un équipage; car il n'y a que les gens habitués au luxe du carrosse lui savent se vêtir pour aller à pied.

Cest à Tune de ces ravissantes déesses parisiennes que nous levons les deux formules suivantes :

L'équipage est un passe-port pour tout ce qu'une femme veut >ser.

Le fantassin a toujours à lutter contre un préjugé.

J^oix il suit que l'axiome suivant doit, avant tout, régler lés toiettes des prosaïques piétons :

Tout ce qui vise à l'effet est de mauvais goût, comme tout ce [ui est tumultueux.

Brummel a, du reste, laissé la maxime la plus admirable sur cette aatière, et l'assentiment de l'Angleterre l'a consacrée :

Si le peuple vous regarde avec attention, vous n'êtes pas bien dis : vous êtes trop bien mis, trop empesé, ou trop recherché.

Vaprèfi cette immortelle sentence « tout fantassin doit passer laperçu. Son triomphe est d'être à la fois vulgaire et distingué^

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reconnu par les siens et méconnu par la foule. Si Murât s*est fait surnommer le rd Franconi, jugez de la sévérité avec laquelle te monde poursuit un fati 11 tombe au-dessous du ridicule. Le trop de recherche est peut-être un plus grand vice que le manque de soin, et Taxiome suivant fera frémir sans doute les femmes à prétentions :

Dépasser la mode, c^est devenir caricature.

Maintenant, il nous reste à détruire la plus grave de toutes les erreurs qu'une fausse expérience accrédite chez les esprits pea accoutumés à réfléchir ou à observer; mais nous donnerons despotiquement et sans commentaires notre arrêt souverain, laissant aux femmes de bon goût et aux philosophes de salon le soin de le discuter.

Le vêtement est comme un enduit; il met tout en relief, et la toilette a été inventée bien plutôt pour faire ressortir des avantages corporels que pour voiler des imperfections.

D'où suit ce corollaire naturel :

LU

Tout ce qu'une toilette cherche à cacher, dissimuler, augmenter et grossir plus que la nature ou la mode ne Tordonnent ou ne le veulent, est toujours censé vicieux.

Aussi toute mode qui a pour but un mensonge est essentielle* ment passagère et de mauvais goût.

D'après ces principes, dérivés d'une jurisprudence exacte, basés sur Tobservation, et dus au calcul le plus sévère de Tamour-propre humain ou féminin, il est clair qu'une femme mal faite, déjeiéc.

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bossue ou boiteuse, doit essayer, par politesse, de diminuer les défauts de sa taille; mais elle serait moins qu'une femme, si elle s'imaginait produire la plus légère illusion, ^demoiselle de la Valliëre boitait avec grâce, et plus d'une bossue sait prendre sa revanche par les charmes de l'esprit ou par les éblouissantes richesses d'un cœur passionné. Nous ne savons pas quand les femmes comprendront qu'un défaut leur donne d'immenses avantages!..^ L'homme ou la femme parfaits sont les êtres les plus nuls.

Noos terminerons ces réflexions préliminaires, applicables à tous les pays, par un axiome qui peut se passer de commentaires :

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