CE QUI N'EST PAS A LA MODE
Connaître ce qui est à la mode, est une science. Cela s*étudie t s'apprend.
Savoir ce qui n'est pas à la mode, dest un Jn^tinct. Cela se evine et se sent.
Vingt journaux attentifs, mille élégants avoués vous avertissent e ce qui est convenable ; la toilette dont on s'informe, le livre dont Q parle, le salon où Ton s'étouffe, le théâtre qui ne fait pas faillite >nt à coup sûr à la mode. Trop d'indices assurés font aisément ^connaître un succès, pour qu'il y ait mérite à s'associer à la voix ublique.
Mais ce qui n'est pas aussi manifeste, c'est ce qu'il faut abanonner, ce dont on ne parle plus, ce dont on n'a pas encore parlé, 3 qu'il faut trahir, et les hommes et les choses qu'on ne doit jalais avoir connus.
En mode, faire est d'un grand talent, .s'abstenir d'un beau géie.
Aussi combien peu l'on rencontre de ces hommes ne jetant imais dans la conversation un mot qui ne dit plus ce que le diconnaire lui faisait dire, et sachant qu'il y a des plaisirs qui ne )nt plus partie de ceux de la bonne compagnie, et dont on ne doit imais prononcer le nom I
On peut ne pas inviter l'homme qui ne se pâme pas à madeloiselle Taglioni; mais il faut chasser celui qui propose d'aller à Opéra-Comique. Si j'étais femme, j'aimerais autant qu'on me emaudât des nouvelles de l'amant qui m'a quittée.
ESSAIS ANALYTIQUES
..oiic phrase : Ce qui n'est pas à la mode, renferme dans sa courte ^oiUfxiure le catalogue complet des gloires déchues; elle enserre daus sept petits mots l'histoire des mérites méconnus, et des sots reconnus; des femmes passées et des beaux en perruque; elle met sur la même ligne les banquiers économes, les juges inamovibles, les deux cent vingt et un, les voitures jaunes, les héros de juillet et les chiens anglais.
La plèbe de nos lecteurs s'imagine peut-être que nous faisons de la fatuité ou de la passion : nullement; nous regardons et nous écrivons. En France, tout est mode : mais trois jours sufGsent à user la gloire la plus haute, le succès le plus éclatant. Trois jours, c'est tout : le quatrième, on importune; le cinquième, on ennuie; le sixième, on vous hait, et Ton vous proscrit le septième. Ce fut le temps de faire le monde.
Électeurs, que pensez-vous de ces deux cent vingt et un que vous avez réélus comme Tespoir de la France, le salut de la patrie, la digne expression de nos vœux pour la liberté? Ne vous semblent-ils pas au-dessous de leur mission? ?ront-iIs pas arrêté la Révolutioa dans sa course, au risque de la faire cabrer et de se voir jeter à terre comme des jockeys inhabiles? Hargneux contre toute opposition, se pavanant de tout le danger dont on les a sauvés, et qu'ils n'ont pas couru ; ingrats envers la presse, haïssant et craignant la nouvelle génération, leurs jours de vogue sont passés. Au reste, c'est dans leur sein qu'on peut trouver toutes les nuances délicates de cette sorte d'exclusion qui les frappe tous. Ainsi, il sera juste de dire que M. Madier de Montjau n'est plus à la mode, que M. Charles Dupin n'y a jamais été, que M. Thiers ne peut pas s'y mettre, et que M. Salvandy n'y sera jamais.
Ces messieurs descommunes se fâcheront-ils de cette triste vérité? II ne le fautpas. De plus méritants qu'eux subissent déjà cette conséquence de tout ce qui se fait remarquer quelques jours. Demander aux gens du pouvoir ce qui est à la mode dans leurs bureaux» Çst-ce cette brave jeunesse qui a combattu dans les rues de Paris, ces hommes de conscience qui ont sacriûé, sous Charles X, leur fortune au maintien des bonnes doctrines? Point. Le pouvoir les méconnaît, les dénigre, les chasse. 11 y a tel ministère, tout barricadé de canaille jésuitique, où les lettres des réclamants sont in*