‹ Œuvres complètesChapitre 46 sur 67 · L'ESCLAVAGE ET LES RELIGIONS ORIENTALES · texte numérisé non relu

L'ESCLAVAGE ET LES RELIGIONS ORIENTALES

s'engendraient l'un l'autre. En acceptant le premier, Tantiquité se condamnait à maintenir le second.

Que fallait-il donc pour remédier à ce mal? Détruire la société antique, noîi pas la réformer. Pour effacer la servitude sur la terre, il fallait commencer par Teffacer dans le ciel, en rendant à Dieu son indépendance, sa liberté plénière, ou, ce qui renferme tout, son unité. A peine avez-vous affranchi rÉtemel, que vous en voyez sortir, comme conséquence nécessaire, l'affranchissement et l'unité du genre humain. Si Dieu est partout égal à luimême, l'homme fait à son image ^ est partout l'égal de rhomme. Non-seulement le principe des castes disparaît, mais la servitude perd sa sanction. Elle peut encore continuer en se déguisant sous d'autres noms ; mais sa base est ruinée : il y a dans le ciel une sainte famille; il y aura sur la terre une famille de peuples.

Sur ce principe, on voit naître en Orient une émancipation progressive, à mesure que l'on s'éloigne du polythéisme. Le peuple qui, dans l'antiquité, représentait la doctrine de l'unité de Dieu, avait en théorie aboli l'esclavage au moins pour ceux de sa race : dans la loi de Moïse, on ne pouvait ôter la liberté à un Hébreu pour plus de six ans, ce qui équivaut à un véritable affranchissement. Si ce commandement, qui revient dans TExode, dans le Deutéronome, dans les Prophètes *, n'a pas été exécuté à la lettre, c'était un idéal qui dominait toute la législation. L'esprit d'égalité était enraciné dans la loi, alors même que l'exemple du reste de l'Orient s'opposait à ce qu'elle

* Vetuit insciibi faciem servorum, quia faciès hominis ad pulcbritudinem cœlestem est figurata. [Cod. Theod., IX, 40.)

* Si ton frère décline près de toi et se vend à toi, ne lui impose pas le travail des esclaves.

11 sera avec toi comme le mercenaire et l'étrangeri et il te servira jusqu'à l'année du jubilé. {Uvit.j xxv, 39-55. Exod., xxi,2. Jérémie, xxxv, 8-17.)

M4 LA BBIJ6I0N HÉBRAIQUE.

fût scrupuleusement mise en pratique. Où trouvera-lron une contradiction plus frappante avec le génie de toute l'antiquité, que chez le législateur qui dit à son peuple^ : « Souviens-toi que tu as été esclave au pays d'Egypte, et que l'Etemel ton Dieu t'en a racheté? » Depuis ce moment, le peuple hébreu se considère comme la propriété de Jéhovah : il ne peut s'aliéner* entre les mains d'un autre possesseur.

Si l'on compare un moment l'Orient moderne à l'Orient antique, on trouve d'abord que le Dieu qui était exclusivement hébreu dans le mosaïsme se change dans le mahométisme en un Dieu abstrait, sans peuple élu, sans prédilection particulière pour aucune race : il brise, comme un reste d'idolâtrie, l'esprit national dans lequel il était captif en Judée. A la communauté d'origine il substitue la communauté de la croyance. Après avoir amassé lentement sa colère, il la verse sur toute la face de l'Asie : car il étend l'interdit non plus seulement sur le pays de Chanaan, mais sur tout l'Orient profane. Aussi impatient de se communiquer à tous les peuples, qu'il l'était auparavant de se renfermer dans le tabernacle de Juda, il faut qu'il rétitre dans la souveraineté de la terre, qui lui a été enlevée par le Paganisme; et puisqu'il n'a point de Verbe pour convertir les Gentils, c'est le glaive qui sera son médiateur. La guerre est son apostolat; sa loi se révèle dans l'éclair des batailles; les mouvements tles armées aux prises lui servent défigures et de paraboles'; ses cérémonies préférées sont les rites des combats. Qui ne croirait que de cette nécessité de la guerre sacrée va sortir une monstrueuse inégalité, ou tout au moins un système de castes

* Deut., XV, 15.

« UvU,, XXV, 42.

? Le Karauy c. vni.

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pire que celui de rantiquité? Au contraire, la guerre, que l'on dit être le principe du servage, ne sert ici qu'à l'abolir. La rapidité do la conquête s'explique par régalité civile ^ promise à tous les convertis. Il n'est pas de hiérarchies si profondément enracinées que le Dieu des armées ne fasse tomber devant le sacerdoce de l'épée. La vieille Asie se nivelle sous le cimeterre; comme jamais unité religieuse ne fut plus absolue, jamais aussi on ne vit dans l'ordre civil moins de privilèges de races ou de naissance : même, ce reste de castes que Moïse avait maintenu dans la tribu de Lévi, disparaît sous le niveau de Mahomet. Ce n'est pas tout: rislamisme finit par aboutir à une société qui affecte si peu de mépris pour les esclaves, que, non contente de se régénérer par eux, c'est entre leurs mains qu'elle résigne l'autorité et le gouvernement. Étrange aristocratie*, qui, de peur de se mésallier, ne cesse d'acheter ses fils de famille sur les marchés de Circassie ! Pendant cinq cents ans, on voit, . c%>mme un défi jeté à l'ancien monde, sur la terre la plus accoutumée aux castes, régner de droit divin la dynastie de l'esclave. Allah venge Jchovah, et l'Orient moderne s'écrie par la bouche d'un croyant' : Ma noblesse, c'est ma lance!

* G. Sale, Observation sur le Mafiamétisme^ section vi. — Conde, Hist. ëe la domination des Arabes en Espagtte, I, 477.

* Les Mamelouks. Voy. Volney, Voyage en Egypte et en Syrie, 1, 84, 85, 91. — De Hammer, Hist. de V empire ottoman, IV, 270.

3 Conde, Elit, de la domination des Arabes en Espagne^ % 16.

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