‹ Œuvres ComplètesChapitre 2 sur 57 · VJ NOTICE · texte numérisé non relu

VJ NOTICE

quaivs est indubitable : toul est clair, tout est positif avec l'anaiîfie. L'analiae çst le seul instrument qu'un philosophe digne de ce nom veuille et puisse em-^ ployer.

Voilà ce que nous crient d'un coté Platon, Leibnitz, Descartes, Mallebranche; de l'antre Aristote, Bacon, Looke, Ch. fionnet. C'est aux philosophes de cette dernière école que se joigmt Condillftc. Natu* rqlUonent froid ei calme, il eut toujours une aversion décidée pour tout système qui lui paraissait puisé dans rimagination. Les maximes générales, les propoâition$ qu'on nomme ordinairement /^rmc^?^ ne pouvaient être à ses yeux que des résultats. Il niait qu.'an fût jamais en droit de les faire servir de base à une doctrine , puisqu'ils devaient être , selon lui , l'expression abrégée d'une somme d'observations. Ausai, partout il recommande l'analiae, et rien que Vanalise. C'est à cette méthodÊi qu'il dut en effet les beU^ découvertes dont il enrichit la métaphysique ; ins^is, j'ose le dire, c'est pour avoir eu de cette méthode une idée incomplète qu'il tomba dans de graves erreurs. Je m'explique.

Il n'est pas donné à l'homme qui réfléchit de choisir entre plusieurs méthodes; une seule peut le garantir de l'obstination etdes vues étroites. Quel nom lui donner, et quels en sontlescaraetères?£llesenommer<7é^^/vation; mais elle n'est ppint l'analise, elle n'est point la synthèse; elle est tour à tour l'une ou l'autre, ou l'une et l'autre à la fois; tantôt elle va, çomine l'une, des idées simples individuelles aux notions abstraites ou composées; Uantot, comme l'autre, des idées simples

SUR GONDILLAC. vij

générales aux idées particulières, soit individuelles, soit composées, soit abstraites ^ La synthèse ne peut nous suffire, nous sommes trop imparfaits; l'analise ne saurait nous expliquer tout entiers à nous-mêmes, nous ne sommes point dans une complète ignorance de la simple et étemelle vérité. Hobservcttion nous montre tout ce que nous pouvons savoir, et nous ap* prend à ignorer sans découragement ce que nous ne pouvons connaître. Elle nous montre des Jàiis hors de nous et au dedans de nous-mêmes. Elle repousse les suppositions téméraires qu'on a reproché à la synthèse d'établir; elle constate comme des faits aussi évidens que les faits sensibles ces notions que nous tenons de la nature, et que l'analise néglige ou n'ex* plique pas. J'aurai occasion tout à l'heure, en examinant les ouvrages de Condillac, de montrer ce qu'il me semble qu'on peut penser des idées innées^ en vertu de ces réflexions sur la méthode. Il me suffira pour le moment de rappeler que l'esprit juste et lu* n>ineux de ce philosophe lui fit entrevoir la nécessité de fondre l'analise et la synthèse dans un usage commun. Un coup d'œil sur ses divers traités nous le mon-

' Collectif, généralisé ou abstrait , général, trois idées différentes. Monde est une idée collective; couleur^ une idée abstraite «ni généralisée; BieUy une idée générale. Ceux qui dottto^ievt de la dij9Sçrence entre ces deux dernière sortes d*idée$ peuvent consulter les excellentes réflexions qu'un philosophe distingué, M. de Bonald^ tome viii de ses «uvrcs, page 39 et suivantes, fait à ce sujet.

J'oppose individuel à collectifs comme concret à abstrait , et particulier à général.

viij Koncf^

tT/era ex^cluftiveineiit fidèle à TaoïaUse. CrfrmAmÊâ je lis dans soD Jr/t de petuer^ page 94, après «ne page oit il indiqua ce t^ J'ai développé plus kaat^ ces paroles remarquablei : a U es(t certain ^piVm ne fiût des pfo- (tf grè« dam U recherche de la Terité qa'antant que c i'arfc de cxnn^Q^a^t et celui de décomposer se réutf nissent dans une même méthode. Il Ciut les contf naitre toutes deux également, et faire continuellece ment usage de l'une et de l'autre. » Qu'on médite ce passage, et lorsque la doctrine de Tauteur passera sous nos yeux , qu'on veuille bien se le rappeler.

Hâtons-nous de dire qu'il n'y a rien au monde de plus difficile que cet heureux mélange. Un esprit sans vigueur usera bien alternativement de ces deux moyens , mais sans rien produire : un esprit solide et fort sera très -souvent exclusif, parce qu'il voudra suivre sans hésitation le sentier oii il se sera jeté d'abord, et pousser hardiment les conséquences d'une observation première. Joignez à cela l'impatience des obstacles que les &its peuvent lui oppos^^ un penchant à terminer avec l'imagination ce que la raison commence, l'opiniâtreté de bonne foi qui finit par pi^éoccuper le plus impartial, et vous jugerez combien il faut, tout ensemble, d'étendue d'esprit, de pénétraticm, de calme et de courage, pour mériter sans contestation le titre glorieux d^observateur.

Je chiins d'avoir fatigué ceux qui liront cette notice, en les occupant de mes propres idées au lieu de leur parler de Condillac. Mais j'espère qu'ils n'ont pas. oublié ce que peut être la biographie d'un philosophe dont la vie fut ass«^z uniforme, et que le ca-

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