I. la
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que le globe et Te cube soient à peu près de la même grandeur, il fait assez entendre que la vue peut, sans le secpurs d'aucun jugement, nous donner différentes idées de grandeur* C'est pourtant une contradiction : car on ne conçoit pas comment on aurait des idées des grandeurs , sans en avoir des figures.
§ 6. D'autres n'ont pas fait difficulté d'admettre ces conséquences. M. de Voltaire, célèbre par quantité d'ouvrages, rapporte ' et approuve le sentiment du docteur Sarclai, qui assurait que ni situations, ni distances, ni grandeurs, ni fi- , gures , ne seraient discernées par un aveugle-né, dont les yeux recevraient tout à coup la lumière.
§ 7. Je regarde , dit-il de fort loin , par un petit trou, un homme posté sur un toit; le lointain et le peu de rayons m'empêchent d'abord de distinguer si c'est un homme : l'objet me paraît trèspetit, je crois voir une statue de deux pieds tout au plus; l'objet se remue, je juge que c'est un homme, et dès cet instant cet homme me paraît de la grandeur ordinaire.
§ 8. J'admets si l'on veut ce jugement et l'efifet qu'on lui attribue ; mais il est encore bien éloigné de prouver la thèse du docteur Barclai. Il y a ici un passage subit d'un premier jugement à un se«* cond tout opposé. Cela engage à fixer l'objet avec
' Élémens de la philosophie de Newton 9 chap. vi.
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plus d'attention, afin tfy trouver la taiHe ordinaire à un homme. Cette attention violente produit vraisemblablement quelque changement dans le cerveau, et de là dans les yeux; ce qui fait voir un homme d'environ cinq pieds. C'est là un cas particulier, et le jugement qu'il fait faire est tel qu'on ne peut nier d'en avoir conscience. Pourquoi n'en serait-il pas de même dans toute autre occasion, si nous formions toujours, comme on le suppose , de semblables jugemens ?
Qu'un homme qui n'était qu'à quatre pas de moi s'éloigne jusqu'à huit, l'image qui s'en trace au fond de mes yeux en sera la moitié plus petite. Pourquoi donc continuai-je à le voir à peu près de la même grandeur? Vous l'apercevrez d'abord, répondra-ton^la moitié plus grand ; mais la liaison que l'exp^ience a mise dans votre cerveau entre l'idée d'un homme et celle de la hauteur de cinq à six pieds, vous force à imaginer, par un jugement soudain, un homme d'une telle. hauteur et à voir une telle hauteur en effet. Voilà, je l'avoue, une chose que je ne saurais confirmer par ma propre expérience. Une première perception pourraitelle s'éclipser si vite, et un jugement la remplacer si soudainement qu'on ne pût remarquer le passage de l'une à l'autre, lorsqu'on y donnerait toute son attention? D'ailleurs que cet homme s'éloigne à seize pas, à trente-deux, à soixante-quatre, et toujours de la sorte, pourquoi me paraîtra *t -il
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diminuer peu à peu , jusqu'à ce qu'enfin je cesse entièrement de le voir ? Si la perception de la vue est l'effet d'un jugement par lequel j'ai lié l'idée d'un homme à celle de la hauteur de cinq à six pieds , cet homme devrait tout à coup disparaître à mes yeux, ou je devrais, à quelque distance qu'il s'éloignât de moi, continuer à le voir de la même grandeur. Pourquoi diminuera-t-il plus vite à mes yeux qu'à ceux d'un autre , quoique nous ayons la même expérience? Enfin qu'on désigne à quel point de distance ce jugement doit commencer à perdre de sa force.
§ 9. Ceux que je cembats comparent le sens de la vue à oelui de l'ouïe , et concluent de l'un à l'autre. Par les sons, disent-ils, l'oreille est firappée; on entend des tons, et rien de plus. Par la vue , l'œil est ébranlé ; on voit des couleurs , et rien de plus. Celui qui , pour la première fois de sa vie, entendrait le bruit du canon, ne pourrait juger si on tire ce canon à une lieue ou à trente pas. Il n'y a que l'expérience qui puisse l'accoutumer à juger de la distance qui est entre lui et l'endroit d'où part ce bruit. C'est la même chose précisément par rapport aux rayons de lumière qui partent d'un objet; ils ne nous apprennent point du tout où est cet objet.
§ 10. L'ouïe par elle-même n'est pas faite pour nous donner l'idée de la distance, et même en y joignant le secours de l'expérience, l'idée qu'elle
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en fournit est encore la plus imparfaite de toutes. Il y a des occasions bu il en est à peu près de même de la vue. Si je regarde par un trou un objet éloigné , sans apercevoir ceux qui m'en séparent, je n'en connais la distance que fort imparfaitement. Alors je me rappelle les connaissances que je dois à l'expérience, et je juge cet objet plus ou moins loin, selon qu'il me paraît plus ou moins au-dessous de la grandeur ordinaire. Voilà donc un cas où il est nécessaire de joindre un jugement au sens de la vue comme à celui de l'ouïe; mais remarquez bien qu'on en a conscience, et qu'après comme auparavant, nous ne connaissons les distances que d'une manière fort imparfaite.
J'ouvre ma fenêtre, et j'aperçois un honime à l'extrémité de la rue ; je vois qu'il est loin de moi, avant que j'aie encore formé aucun jugement. Il est vrai que ce ne sont pas les rayons de lumière qui partent de lui, qui m'apprennent le plus exactement combien il est éloigné de moi; mais ce'sont ceux qui partent des objets qui sont entre deux. Il est naturel que la vue de ces objets me donne quelque idée de la distance où je suis de cet homjne, il est même impossible que je n'aie pas cette idée toutes les fois que je les aperçois.
§ II. Vous vous trompez, me dira-t-on. Les jugemens soudains presque uniformes que votre âme à un certain âge porte des distances , des
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graadeurs, des situations, vous font penser qu'il n'y a qu'à ouvrir les yeux pour voir de la manière dont vous voyez. Cela n'est pas, il y faut le secours des autres sens. Si vous n'aviez que celui de la vue , vous n'auriez aucun moyen pour connaître l'étendue.
§ j 2. Qu'apercevrais-je donc? Un point mathé- «uatique. Non , sans doute. Je verrais certainement jde la lumière et des ccmleurs. Mais la lumière et les couleurs ne r^etracent-elles pas nécessairement différentes distances, différentes grandeurs , différentes situations ? Je regarde devant moi, en haut , en bas, à droite, à gauche, je vois une lumière répandue en tout sens , et plusieurs couleurs qui certainement ne sont pas concentrées dans un point : je n'en veux pas davantage. Je trouve là , indépendamment de tout jugement, sans le secours des autres sens, l'idée de l'étendue avec toutes ses dimensions.
Je suppose un œil animé : qu'on me permute cette supposition , toute bizarre qu'elle paraisse : dans le sentiment du docteur Bardai, cet œil verrait une lumière colorée; mais il n'apercevrait ni étendue, ni grandeur, ni distance, ni figure. Il ^'accoutumerait donc à juger que toute la nature n'est qu'un point mathématique. Qu'il soit uni à un corps humain, lorsque son âme a contracté depuis long-temps l'habitude de former ce jugelAsent, on croira sans doute que cette âme n'a
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plus qu'à se ser^vir des sens qu'elle vient d'acquérir pour se faire des idées de grandeurs, de distances, de situations et de figures. Point du tout : les jugemens habituels, soudains et uniformes qu'elle a formés de tout temps , changeront les idées de ces nouvelles sensations; de sorte qu'elle touchera des corps , et assurera qu'ils n'ont ni étendue, ni situation, ni grandeur, ni figure.
§ i3. Il serait curieux de découvrir les lois que Dieu suit , quand il nous enrichit des différentes sensations de la vue, sensations qui non-seulement nous avertissent mieux que toutes les autres des rapports des choses à nos besoins et à la conservation de notre être , mais qui annoncent encore, d'une manière bien plus éclatante, l'ordre , 'la beauté et la grandeur de l'univers. Quelque importante que soît cette recherche, je l'abandonne k d'autres. Il me suffis que ceux qui voudront ouvrir les yeux conviennent qu'ils aperçoivent de la lumière, des couleurs, de l'étendue, des grandeurs, etc. Je ne remonte pas plus haut, parce que c'est là que je commence à avoir une connaissance évidente.
§ i4- Examinons à notre tour ce qui arriverait à un aveugle-né , à qui on donnerait le sens de la vue.
Cet aveugle s'est formé des idées de l'étendue, des grandeurs , etc. , en réfléchissant sur les différentes sensations qu'il éprouve quand il touche
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des corps. Il prend un bâton dont il sent .que toutes les parties ont une même détermination; voilà d'où il tire l'idée d'une ligne droite. Il en touche un autre dont les parties ont différentes déterminations , en sorte que si elles étaient continuées, elles aboutiraient à différens points; voilà d'où il tire l'idée d'une ligne courbe. De là il passe à celles d'angle, de cube, de globe et de toutes sortes de figures. Telle est l'origine des idées qu'il ^a sur l'étendue. Mais il ne faut pas croire qu'au moment qu'il ouvre les yeux , il jouisse déjà du spectacle que produit dans toute la nature ce mélange admirable de lumière et de couleur. C'est un trésor qui est renfermé dans les nouvelles sensations qu'il éprouve; la réflexion peut seule le lui découvrir et lui en donner la vraie jouissance. Lorsque nous fixons nous-mêmes les yeux siur un tableau fort composé, et qi^ nous le voyons tout entier, nous ne nous en formons encore aucune idée déterminée. Pour le voir comme il faut, nous sommes obligés d'en considérer toutes les parties les unes après les autres. Quel tableau que l'univers, à des yeux qui s'ouvrent à la lumière pour la première fois !
Je passe au moment où cet homme est en état de réfléchir sur ce qui lui frappe la vue. Certainement tout n'est pas devant lui comme un point. Il aperçoit donc une étendue en longueur, lai*geur et profondeur. Qu'il analise cette étendue ,
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il se fera les idées de surface, de ligne, de point et de toutes sorjte^ de figures : idées qui seront semblables à celles qu'il a acquises par le toucher ; car, de quelque sens que l'étendue vienne à notre connaissance, elle ne peut être représentée de deux manières différentes. Que je voie ou que je touche un cercle et une règle, l'idée de l'un ne peut jamais offrir qu'une ligne courbe, et celle de l'autre qu'une ligne droite. Cet aveugle -né distinguera donc à la vue le globe du cube , puisqu'il y reconnaîtra les mêmes idées qu'il s'en était faites par le toucher.
On pourrait cependant l'engager à suspendre son jugement , en lui faisant la difficulté suivante. Ce corps, lui dirait-on, vous paraît à la vue un globe; cet autre vous paraît un cube; mais sur quel fondement assureriez -vous que le premier est le même qui vous a donné au toucher l'idée du globe , et le second le même qui vous a donné celle du cube? Qui vous a dit que ces corps doivent avoir au toucher la même figure qu'ils ont à la vue? Que savez-vous si celui qui paraît un globe à vos yeux ne sera pas le cube, quand vous y porterez la main? Qui peut même vous répondre qu'il y ait là quelque chose de semblable au corps que vous reconnaîtrez à l'attouchement pour un cube et pour un^^globe? L'argument serait embarrassant, et je ne vois que l'expérience qui pût
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y fournir une réponse; mais ce n'est pas là la thèse de Locke ni du docteur Sarclai.
§ i5. J'avoue qu'il me reste à résoudre une difficulté qui n'est pas petite ; c'est une expérience qui paraît en tôt» points contraire au sentiment que je viens d'établir. La voici telle qu'elle est rapportée par M. de Voltaire; elle perdrait à être rendue en d'autres termes.
«En 1729, M. Chiselden, un de ces fameux <c chirurgiens qui joignent l'adresse de la main « aux plus grandes lumières de l'esprit, ayant a imaginé qu'on pouvait donner la vue à un aveu- « gle-né , en lui abaissant ce qu'on appelle des « cataractes , qu'il soupçonnait formées dans ses '< yeux presque au moment de sa naissance , , il « proposa l'opération. L'aveugle eut de la peine « à y consentir, il ne concevait pas trop que le a sens de la vue pût beaucoup augmenter ses plai- « sirs. Sans l'envie qu'on lui inspira d'apprendre « à lire et à écrire, il n'eût point désiré de Voir.... «c Quoi qu'il en soit, l'opération fat faite et réussit. « Ce jeune homme, d'environ quatorze ans, vit la ic lumière pour la première fois. Son expérience a confirma tout ce que Locke et Barclai avaient « si bien prévu. Il ne distingua de long -temps ni « grandeurs, ni distances, ni situations, ni même fï figures. \i\\ objet d'un pouce mis devant son « œil, et qui lui cachait une maison, lui paraissait
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a aussi grand que la maison. Tout ce qu'il voyait c< lui sen^lait d'abord être sur ses yeux et les ce toucher comme les objets du tact touchent la « peau. Il ne pouvait distinguer ce qu'il avait jugé a T<md à l'aide de ses mains, d'avec ce qu'il avait « jugé angulaire , ni discerner avec ses yeux si ce ce que ses mains avaient senti être en haut ou en a bas était en effet en haut ou en bas. Il était si «c loin de connaître ies grandeurs, qu'après avoir «c enfin conçu par la vue que sa maison était plus « ^amde que sa chambre, il ne concevait pas comce ment la vue pouvait donner cette idée. Ce ne « £ut qu'au bout de deux mois d'expérience qu'il « put apercevoir que les tableaux représentaient «( des corps solides; et, lorsqti'après ce long tact tonnement d'un sens nouveau en lui , il eut « senti que des corps, et non des surfaces seules, « étaient peints dans les tableaux, il y porta la « main, et fut étonné de ne point trouver avec « ses mains ces corps solides dont il commençait « à apercevoir les représentations. Il demandait « quel était le trompeur du sens du toucher ou «« du sens de la vue '. »
§ i6. Quelques réflexions sur ce qui se passe dans l'œil à la présence de la lumière , pourront expliquer cette expérience.
Quoique nous soyons encore bien éloignés de
' Chapitre déjà cité.
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connaître tout le mécanisme de l'œil, nous savons cependant que la cornée est plus ou moins convexe ; qu'à proportion que les objets réfléchissent une plus grande ou une moindre quantité de lumière , la prunelle se resserre ou s'agrandit , pour donner passage à moins de rayons , ou pour en recevoir davantage : on soupçonne le réservoir de l'humeur aqueuse de prendre successivement différentes formes. Il est certain que le cristallin s'avance ou se recule, afin que les rayons de lumière viennent précisément se réunir sur la rétine ' ; que les fibres délicates de la rétine sont agitées et ébranlées dans une variété étonnante ; que cet ébranlement se communique dans le cerveau à d'autres parties plus déliées, et dont le ressort doit être encore plus admirable. Enfin les muscles, qui servent à faire tourner les yeux vers les objets qu'on veut fixer, compriment encore tout le globe de l'œil, et par cette pression en changent plus ou moins la forme.
Non-seulement l'œil et toutes ses parties doivent se prêter à tous ces mouvemens, à toutes ces formes, et à mille changemens que nous ne connaissons pas, avec une promptitude qu'il n'est pas possible d'imaginer; mais il faut encore que toutes ces révolutipns se fassent dans une har-
' Ou sur la choroïde ; car on ne sait pas exactement si c*e$t par les fibres de la rétine ou par celles de la choroïde que l'impression de la lumière se transmet à Tâmc.
monie parfaite, afin que tout concoure à produire le même effet. Si, par exemple^ la cornée était trop ou trop peu convexe par rapport à la situation et à la forme des autres parties de l'œil , tous les objets nous paraîtraient confus, renversés, et nous ne discernerions pas si ce que nos mains auraient senti être en haut ou en basj serait en effet en haut ou en bas. On peut s'en convaincre en se servant d'une lunette dont la forme ne s'ac- ' corderait pas avec celle de l'œil.
Si pour obéir à l'action de la lumière les parties de l'œil se modifient sans cesse avec' une si
grande variété et une si, grande vivacité, ce ne peut être qu'autant qu'un long exercice en a rendu les ressorts plus lians et plus faciles. Ce n'était pas là le cas du jeune homme à qui on abaissa les cataractes. Ses yeux depuis quatorze ans accrus et nourris sans qu'il en eût fait usage , résistaient à l'action des objets. La cornée était trop ou trop peu convexe par rapport à la situation des autres parties. Le cristallin devenu comme immobile réunissait toujours les rayons en de-çà ou delà de la rétine ; ou s'il changeait de situation, ce n'était jamais pour se mettre au point où il aurait dû se trouver. Il fallut un exercice dé plusieurs jours pour faire jouer ensemble des res-. sorts si roidis par le temps. Voilà pourquoi ce jeune homme tâtonna pendant deux mois. S'il dut quelque chose au secours du toucher, c'est
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que les efforts qu'il faisait pour voir dans les objets les idées qu'il Ven formait en les maniant , lui donnaient occasion d'exercer davantage le sens de la vue. En supposant qu'il eût cessé de se servir de ses mains toutes les fois qu'il ouvrait les yeux à la lumière , il n'est pas douteux qu'il n'eût acquis par la vue les mêmes idées, quoiqu'à la vérité avec plus de lenteur.
Ceux qui observaient cet aveugle-né au moment qu'on lui abaissait les cataractes, espé^ raient de voir confirmer un sentiment pour lequel ils étaient prévenus. Quand ils apprirent qu'il apercevait les objets d'une manière aussi imparfaite , ils ne soupçonnèrent pas qu'on en pût apporter d'autres raisons que celles que Locke et Barclaî avaient imaginées. Ce fîit donc une décision irrévocable pour eux que les yeux, sans le secours des autres sens, seraient peu propres à nous fournir les idées d*étendue, de figures, de situations, etc.
Ce qui a donné lieu à cette opinion , qui sans doute aura paru extraordinaire à bien des lecteurs, c'est d'un côté l'envie que nous avons de rendre raison de tout , et de l'autre l'insuffisance des règles de l'optique. On a beau mesurer les angles que les rayons de lumière forment au fond de l'œil , on ne trouve point qu'ils soient en proportion avec la manière dont nous voyons les objets. Mais je n'ai pas cru que cela pût m'autoriser à
avoir recours à des jugemens dont personne ne peut avoir conscience. J'ai pensé qae dans un ouvrage où je me propose d'exposer les matériaux: de nos connaissances, je devais me faire une loi de ne rien établir qui ne fût incontestable, et que chacun ne pût avec la moindre réflexion aperce voir en lui-même.
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