‹ Œuvres complètesChapitre 11 sur 594 · XVI NOTICE SUR RACINE · texte numérisé non relu

XVI NOTICE SUR RACINE

n'ignore pas combien il étoit bon pour tous ceux qui l'environnaient : il n'eut jamais l'intention de chagriner personne ; mais il ne pouvait soupçonner que ses paroles tomberaient sur un cœur si sensible.

« Mme de Maintenon, qui fit instruire l'auteur du mémoire de ce qui s'était passé , lui fit dire en môme temps de ne la pas venir voir jusqu'à nouvel ordre. Cette nouvelle le frappa vivement. Il craignit d'avoir xiéplu à un prince dont il avait reçu tant de marques débouté. Il ne s'occupa plus que d'idées tristes; et quelque temps après , il fut attaqué par une fièvre assez violente , que les médecins firent passer à force de quinquina. 11 se croyait guéri , lorsqu'il lui perça , à la région du foie , un abcès qui jetait de temps en temps quelque matière : les médecins lui dirent que ce n'était rien. Il y fit moins d'attention, et retourna à Versailles, qui ne lui parut plus le même séjour, parce qu'il n'avait plus la liberté d'y voir Mme de Maintenon.

« Enfin , un matin , étant dans son cabinet , il se sentit accablé d'un grand mal de tête; et, voyant qu'il ferait mieux de se coucher que de continuer à lire , il descendit dans sa chambre. J'j étais, continue Louis Racine; et je me souviens qu'il nous dit : « Mes enfans , je crois que j'ai un peu de fièvre ; mais ce n'est rien , • je vais pour quelque temps me mettre au lit. » Il s'y mit e1 n'en sortit plus. »

Racine mourut le 21 avril 1699, à l'âge de cinquante-neuf ans.

pièce ne m'auroit produit que cet avantage , je pourrois dire que son succès auroit passé mes espérances. Et que pouvois-je espérer de plus glorieux que rapprobalion d'une personne qui sait donner aux choses un juste prix , et qui est lui-même Tadmiration de tout le monde? Aussi, Monseigneur, si la Thébatde a reçu quelques applaudissemens , c'est sans doute qu'on n'a pas osé démentir le jugement que vous avez donné en sa faveur ; et il semble que vous lui ayez communiqué ce don de plaire qui accompagne toutes vos actions. J'espère qu'étant dépouillée des ornemens du théâtre, vous ne laisserez pas de la regarder encore favorablement. Si cela est, quelques ennemis qu'elle puisse avoir, je n'appréhende riea pour elle , puisqu'elle sera assurée d'un protecteur que le nombre des ennemis n'a pas accoutumé d'ébranler. On sait, Monseigneur, que, si vous avez une parfaite connoissance des belles choses, vous n'entreprenez pas les grandes avec un courage moins élevé, et que vous avez réuni en vous ces deux excellentes qualités qui ont fait séparément tant de grands hommes. Mais je dois craindre que mes louanges ne vous soient aussi importunes que les vôtres m'ont été avantageuses : aussi bien, je ne vous dirois que des choses qui sont connues de tout le monde , et que vous seul voulez ignorer. Il suffit que vous me permettiez de vous dire , avec un profond respect, que je suis.

Monseigneur ,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Racine.

Le lecteur me permettra de lui demander un peu plus d'indulgence pour cette pièce que pour les autres qui la suivent ; j'étois fort jeune quand je la fis. Quelques vers que j'avois faits alors tombèrent par hasard entre les mains de quelques personnes d'esprit; elles m'excitèrent à faire une tragédie, et me proposèrent le sujet de la Thébqide. Ce sujet avoit été autrefois traité par Rotrou, sous le nom d'Antigone; mais il faisoit mourir les deux frères dès le commencement de son troisième acte. Le reste étoit en quelque sorte le commencement d'une autre tragédie , où Ton entroit dans des intérêts tout nouveaux ; et il fvoit réuni en une seule pièce deux actions différentes , dont l'une sert de matière aux Phéniciennes d'Euripide , et l'autre à VAntigone de Sophocle.

Je compris que cette duplicité d'action avoit pu nuire à sa pièce , qui d'ailleurs étoit remplie de quantité de beaux endroits. J0 dres sai à peu près mon plan sur les Phéniciennes d'Euripide; car, pour la Thébaide qui est dans Sénèque , je suis un peu de Topimon d*Heinsius , et je tiens , comme lui , que non-seulemcn2 ce n*est point une tragédie de Sénèque, mais que c'est plutôt l'euyrage d'un déclamateur, qui ne savoit ce que c'étoit que tra gédie.

La catastrophe de ma pièce est peut-être un peu trop sangla&tc; en effet , il n'y paioit presque pas un acteur qui ne meure à la fin : mais aussi c'est la Thébaide, c'est-à-Kiire le sujet le plus tragique de l'antiquité.

L'amour, qui a d'ordinaire tant de part dans les tragj&dies, n'en a presque point ici \ et je doute que je lui en donnasse davantage si c'étoit à recommencer ; car il faudroit , ou que l'un des deux frères fût amoureux, ou tous les deux ensemble. Et quelle apparence de leur donner d'autres intérêts que ceux de cette fameuse haine qui les occupoit tout entiers? Ou bien il faut jeter l'amour sur un des seconds personnages , comme j'ai fait ; et alors cette passion, qui devient -comme étrangère au sujet, ne peut produire que de médiocres effets. En un mot , je suis persuadé que les tendresses ou les jalousies des amants ne sauroient trouver que fort peu de place parmi les incestes , les parricides , et toutes les antres horreurs qui composent l'histoire d'Œdipe et de sa malheureuse famille.

PERSONNAGES ET ACTEURS

ÉTÉOGLE, roi de Thèbes. tfouiiiK.

POLYNICE, frère d'Éléocle. La Geamgk.

JOCASTE, mère de ces deux prhices et d'Anti- ) « ^,

ANTIGONE, sœur d'Éléocle et de Polynice. Mlle de Brie.

CRÉON, oncle des princes et de la princesse. La Thorjcu:j£Re.

HEMON, fila de Créon, amant d*Antigone. Hubeet.

OLYMPE , confidenle de Jocaste.

ATTALE, confident de Créon.

Un Sou>ikT de l'armée de Polynice.

Gardes.

^ wéne est à Thôbcs, dans une salle du palais.

LA THÉBArDE.

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