ACTE 111, SCÈNE VI. 4Î
Hélas , tout m'abandonne !
PHŒNIX
Allons, seigneur, marchons sur les pas d'Hermione.
CÉPHISE
Qu'attendez-vous?' Rompez ce silence obstiné.
AMDROMAQUB.
Il a promis mon fils.
CÉPHISE
Il ne Ta pas donné.
Non, non, j*ai beau pleurer, sa mort est résolue.
PYRRHUS
Daigne- 1- elle sur nous tourner au moins la vue ? Quel orgueil 1
Je ne fais que l'irriter encor, Sortons.
PYRRHUS
Allons aux Grecs livrer le fils d'Hector. ANDROMAQUE, se jetant aux pieds de Pyrrhus. Ah, seigneur! arrêtez! Que prétendez-vous faire? Si vous livrez le fils , livrez-leur donc la mère ! Vos sermens m'ont tantôt juré tant d'amitié ! Dieux! ne pourrai -je au moins toucher votre pitié? Sans espoir de pardon m'avez-vous condamnée?
PYRRHUS
Phœnix vous le dira , ma parole est donnée.
Vous qui braviez pour moi tant de périls divers !
J*étois aveugle alors ; mes yeux se sont ouverts. Sa grâce à vos désirs pouvoit être accordée ; Mais vous ne l'avez pas seulement demandée : C'en est fait.
Ah, seigneur! vous entendiez assez Des soupirs qui craignoient de se voir repousses. Pardonnez à l'éclat d'une illustre fortune Ce reste de fierté qui craint d'être importune. Vous ne l'ignorez pas : Andromaque , sans vous , M*aaroit jamais d'un maître embrassé les genoux.
PYRRHUS
Non, TOUS me haïssez; et dans le fond de l'âme Vous craignez de devoir quelque chose à ma flamme
Ce fils même , ce fils , Tobjet de taut de soins , Si je l'avois sauvé , vous l'en aimeriez moins. La haine , le mépris , contre moi tout s'assemble ; Vous me haïssez plus que tous les Grecs ensemble. Jouissez à loisir d'un si noble courroux. Allons, Phœnix.
ANDBOlfÂQUB.
Allons rejoindre mon époux.
CÉPHISE
Madame....
ANDROMAQUE /d CéphiSB.
Et que veux-tu que je lui dise encore? Auteur de tous mes maux , crois- tu qu'il les ignore ?
(A Pyrrhits.) Seigneur, voyez l'état où vous me réduisez. J'ai vu mon père mort , et nos murs embrasés • ; J'ai vu trancher les jours de ma famille entière, Et mon époux sanglant traîné sur la poussière , Son fils seul avec moi réservé pour les fers. Mais que ne peut un fils ! Je respire , je sers. J'ai fait plus ; je me suis quelquefois consolée Qu'ici , plutôt qu'ailleurs , le sort m'eût exilée , Qu'heureux dans son malheur, le fils de tant de rois, Puisqu'il devoit servir , fût tombé sous vos lois : J'ai cru que sa prison deviendroit son asile. Jadis Priam soumis fut respecté d'Achille. : J'attendois de son fils encor plus de bouté. Pardonne , cher Hector , à ma crédulité ! Je n'ai pu soupçonner ton ennemi d'un crime ; Malgré lui-même enfin je l'ai cru magnanime. Ah ! s'il rétoit assez pour nous laisser du moins • Au tombeau qu'à ta cendre ont élevé mes soins , Et que , finissant là sa haine et nos misères , Il ne séparât point des dépouilles si cjbères 1
PYRRHUS
Va m'attendre , Phœnix.