‹ Œuvres complètesChapitre 121 sur 594 · SCÈNE V.— PYRRHUS, HERMIONE, PHŒNIX · texte numérisé non relu

SCÈNE V.— PYRRHUS, HERMIONE, PHŒNIX

PYRRHUS

Vous ne m'attendiez pas, madame; et je vois bien

Que mon abord ici trouble votre entretien.

Je ne viens point , armé d'un indigne artifice ,

D'un voile d'équité couvrir mon injustice :

Il suffit que mon cœur me condamne tout bas ,

Et je soutiendrois mal ce que je ne crois pas.

J'épouse une Troyenne. Oui , madame , et j'avoue

Que je vous ai promis la foi que je lui voue.

Un autre vous diroit que dans les champs troyens

Nos deux pères sans nous formèrent ces liens ,

Et que , sans consulter ni mon choix ni le vôtre ,

Nous fûmes sans amour attachés l'un à l'autre ;

Mais c'est assez pour moi que je me sois soumis.

Par mes ambassadeurs mon cœur vous fut promis ;

Loin de les révoquer , je voulus y souscrire :

Je vous vis avec eux arriver en Épire ;

Et quoique d'un autre œil l'éclat victorieux

Eût déjà prévenu le pouvoir de vos yeux.

Je ne m'arrêtai point à cette ardeur nouvelle ,

Je voulus m'osbtiner à vous être fidèle ;

Je vous reçus en reine; et jusques à ce jour

J'ai cru que mes sermens me tiendroient lieu d'amour.

Mais cet amour l'emporte ; et , par un coup funeste ,

Andromaque m'arrache un cœur qu'elle déteste :

L'un par l'autre entraînés , nous courons à l'autel

Nous jurer malgré nous un amour immortel.

Après cela , madame , éclatez contre un traître ,

Qui l'est avec douleur , et qui pourtant veut l'être.

Pour moi, loin de contraindre un si juste courroux,

Il me soulagera peut-être autant que vous.

Donnez-moi tous les noms destinés aux parjures :

Je crains votre silence , et non pas vos injures ;

Et mon cœur, soulevant mille secrets témoins,

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