‹ Œuvres complètesChapitre 190 sur 594 · SCÈNE VI. — BRITANNICUS, JUNIE, NARCISSE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI. — BRITANNICUS, JUNIE, NARCISSE

BRITANNICUS

Madame, quel bonheur me rapproche de vous? Quoi ! je puis donc jouir d'un entretien si doul? Mais parmi ce plaisir quel chagrin me dévore ! Hélas! puis-je espérer de vous revoir encore? Faut-il que je dérobe , avec mille détours , Un bonheur que vos yeux m*accordoient tous les jours? Quelle nuit l Quel réveil ! Vos pleurs , votre présence N'ont point de ces cruels désarmé l'insolence ! Que faisoit votre amant? Quel démon envieux M'a refusé l'honneur de mourir à vos yeux ? Hélas ! dans la frayeur dont vous étiez atteinte , M'avez-vous, en secret, adressé quelque plainte? Ma princesse , avez-vous daigné me souhaiter? Songiez -vous aux douleurs que vous m'alliez coûter? Vous ne me dites rien ! Quel accueil ! Quelle glace I Est-ce ainsi que vos yeux consolent ma disgrâce? Parlez : nous sommes seuls. Notre ennemi, trompé, Tandis que je yous parle , est ailleurs occupé. Ménageons les momens de cette heureuse absence.

JUNIE

Vous êtes en des lieux tout pleins de sa puissance : Ces murs mêmes , seigneur , peuvent avoir des yeux ; Et jamais l'empereur n'est absent de ces lieux.

BRITANNICUS

Et depuis quand, madame, êtes-vous si craintive? Quoi! déjà votre amour souffre qu'on le captive! Qu'est devenu ce cœur qui me juroit toujours De faire à Néron même envier nos amours? Mais bannissez , madame , une inutile craintô :

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La foi dans tous les cœurs n'est pas encore éteinte ; Chacun semble des yeux approuver mon courroux ; La mère de Néron se déclare pour nous. Rome, de sa conduite elle-même offensée....

JUNIE

Ah, seigneur! vous parlez contre votre pensée. Vous-même vous m'avez avoué mille fois Que Home le louoit d'une commune voix ; Toujours à sa vertu vous rendiez quelque hommage. Sans doute la douleur vous dicte ce langage.

BRITANNICUS

Ce discours me surprend , il le faut avouer :

Je ne vous cherchois pas pour l'entendre louer.

Quoi ! pour vous confier la douleur qui m'accable ,

A peine je dérobe un moment favorable ;

Et ce moment si cher , madame , est consumé

A louer l'ennemi dont je suis opprimé I

Qui vous rend à vous-même, en un jour, si contraire?

Quoil même vos regards ont appris à se taire?

Que vois je ? Vous craignez de rencontrer mes yeux I

Néron vous plairoit-il? Vous serois-je odieux?

Ah! si je le croyois!... Au nom des dieux, madame,

Ëclaircissez le trouble où vous jetez mou âme.

Parlez. Ne suis-je plus dans votre souvenir?

JUNIE

Retirez-vous, seigneur; l'empereur va venir.

BRITANNICUS

Après ce coup, Narcisse, à qui dois-je m'attendre?

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