‹ Œuvres complètesChapitre 217 sur 594 · SCÈNE VIII. - AGRIPPINE, BURRHUS, ALBINE · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII. - AGRIPPINE, BURRHUS, ALBINE

ALBINE

Ah , madame ! ah , seigneur ! courez vers Tempereur ; Venez sauver César de sa propre fureur; Il se voit pour jamais séparé de Junie.

AGRIPPINE

Quoil Junie elle-même a terminé sa vie?

ALBINE

Pour accabler César d'un éternel ennui , Madame , sans mourir elle est morte pour lui. Vous savez de ces lieux comme elle s'est ravie : Elle a feint de passer chez la triste Octavie ; Mais bientôt elle a pris des chemins écartés , Où mes yeux ont suivi ses pas précipités. Des portes du palais elle sort éperdue. D'abord elle a d'Auguste aperçu la statue; Et mouillant de ses pleurs le marbre de ses pieds , Que de ses bras pressans elle tenoit liés : « Prince, par ces genoux, dit- elle, que j'embrasse, Protège en ce moment le reste de ta race ; Home , dans ton palais , vient de voir immoler Le seul de tes neveux qui te pût ressembler. On veut après sa mort que je lui sois parjuie; Mais pour lui conserver une foi toujours pure, Prince , je me dévoue à ces dieux immortels Dont ta vertu Va fait partager les autels. »

tm BRITAnmCUS.

Le peuple cependant , que ce spectacle étonne^

Vole de toutes parts , se presse , l'enTironne ,

S'attendrit à ses pleurs,. et, plaignant son ennui,

D'une commune voix la prend sous son appui ;

Ils la mènent au temple , où depuis tant d'^années

Au culte des autels nos vierges destinées

Gardent fidèlement le dépôt précieux

Du feu toujours ardent qui brûle pour nos- dieux.

César les voit partir sans oser les distraire.

Narcisse , plus hardi , s'empresse pour lui plaire ;

Il vole vers Junie, et, sans s'épouvanter.

D'une profane main commence à l'arrêter.

De mille coups mortels. son audace est punie;

Son infidèle sang rejaillit sur Junie.

César, de tant d'objets en même temps> frappé'^.

Le laisse entre les mains qui l'ont enveloppé.

Il rentre. Chacun fuit son silence farouche;

Le seul nom de Junie échappe de sa bouche.

Il marche sans dessein.; ses yeux mal assurés

N'osent lever au ciel leurs regards égarés ;

Et l'on craint , si la nuit jointe à la solitude

Vient de son désespoir aigrir l'inquiétude ,

Si vous l'abandonnez plus longtemps sans secours , .

Que sa douleur bientôt n'attente sur ses jours.

Le temps presse : courez. Il ne faut qu'un caprice;

Il se perdroit, madame.

AGRIPPIRE.

Il se feroit justice; Mais, Burrhus, allons voir jusqu'où vont ses transports-: Voyons quel changement produiront ses remords ; S'il voudra désormais suivre d'autres maximes.

BURRHUS

Plût aux dieux que ce fût le dernier de ses crimes I

FJN DR BRITANNICUS.

BÉRÉNICE

THAG£DI£<.

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