MARQUIS DE SEIGNELAT, ETC
Monseigneur j
Qnslqne juste défiance que j'aie de moi*méme et de mes- ouvrages, j'ose espérer que vous ne condamnerez pas la liberté que je prends de vous- dédier cette tragédie. Vous ne l'avez pas jugée tout à fait' indigne de votre approbation. Mais ce qui fait son plus* grand' mémte auprë» de vous, c'est, Monseigneur, que vous avez été- témoin du boBheur qu'elle a eu de ne pas déplaire à S^ Majesté;
L'on sait que* les moindres^ choses vous deviennent considérables, pvur peu qu'elles puissent servir ou à sa gloire ou à son plaisir; et c'est ce qui fait qu'au milieu de tant d'importantes occupations , où le- zèle de votre prince et le bien public vous tiennent continuellement attaché , vous ne dédaignez pas quelque^ foi» de descendre jusqu'à nous, pour nous demander compte de notre loisir.
Maurois ici une- belle occasion de m' étendre sur vos louanges-, si vous me permettiez de vous louer. Et que ne dirois-je point de tant de rares qualités qui vous ont attiré l'admiration' de toute la France; de cette pénétration à laquelle rien n'échappe; dé cet esprit vaste qui embrasse, qui exécute tout à la fois tant de
-I. Madame (Heurielte d'ÀDgleleire) Ot proposer à la Toi»- à. Corneille' et à Racine le sujet de Bérénice, Ils travaillèrent à l'insu l'un de l'aulEe.. La Bérénice de Racine, représentée à l'Hôtel de Bourgogne, eut trente représentations. Celle de Corneille fut jouée au Palais-Royal par la troupe de Molière et tomba.
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grandes choses; de cette âme que rien n'étonne, que rien ne fatigue 1
Mais , Monseigneur , il faut être plus retenu à vous parler de vous-même; et je craindrois de m'exposer, par un éloge importun, à vous faire repentir de l'attention favorable dont vous m'avez honoré; il vaut mieux que je songe à la mériter par quelques nouveaux ouvrages ; aussi bien c'est le plus agréable remerclment qu'on vous puisse faire. Je suis avec un profond respect.
Monseigneur ,
Voire très-humble et très-obéissant servi tear,
Racine.
Titus, reginam Berenicem.... eut etiam nuptias pollieitus ferebottir.... sUUim ab urhe dimisit invitus invitam^.
Cest-à-dire que «Titus, qui aimoit passionnément Bérénice, et qui même , à ce qu'on croyoit , lui avoit promis de l'épouser , la renvoya de Rome , malgré lui et malgré elle , dès les premiers jours de son empire. » Cette action est très-fameuse dans l'histoire ; et je l'ai trouvée très -propre pour le théâtre , par la violence des passions qu'elle y pouvoit exciter. En effet, nous n'avons rien de plus touchant dans tous les poètes , que la séparation d'Ênée et de Didon, dans Virgile. Et qui doute que ce qui a pu fournir assez de matière pour tout un chant d'un poème héroïque, où l'action dure plusieurs jours , ne puisse suffire pour le sujet d'une tragédie , dont la durée ne doit être que de quelques heures? Il est vrai que je n'ai point poussé Bérénice jusqu'à se tuer, comme Didon , parce que Bérénice n'ayant pas ici avec Titus les derniers engagemens que Didon avoit avec Énée , elle n'est pas obligée comme elle de renoncer à la vie. A cela près , le dernier adieu qu'elle dit à Titus , et l'effort qu'elle se fait pour s'en séparer , n'est pas le moins tragique de la pièce ; et j'ose dire qu'il renouvelle assez bien dans le cœur des spectateurs l'émotion que le reste y avoit pu exciter! Ce n'est point une nécessité qu'il y ait du sang et des morts dansnine tragédie : il suffît que l'action en soit grande , que les acteurs en soient héroïques , que les passions y