‹ Œuvres complètesChapitre 22 sur 594 · SCÈNE m. — JOCASTE, POLYNICE, ANTIGONE, HÊMON · texte numérisé non relu

SCÈNE m. — JOCASTE, POLYNICE, ANTIGONE, HÊMON

POLYNICB.

Madame , au nom des dieux , cessez de m*arrêter :

Je Yois bien que la paix ne peut s'exécuter.

Tespérois que du ciel la justice infinie

Youdroit se déclarer contre la tyrannie ,

Et que, lassé de voir répandre tant de sang,

U rendroit à chacun son légitime rang;

Hais puisque ouvertement il tient pour l'injustice

Et que des criminels il se rend le complice ,

Dois-je encore espérer qu'un peuple révolté,

Quand le ciel est injuste, écoute l'équité?

Dois-je prendre pour juge une troupe insolente ,

D'un fier usurpateur ministre violente ,

Oui sert mon ennemi par un lâche intérêt ,

Et qu'il anime encor, tout éloigné qu'il est?

La raison n'agit point sur une populace.

De ce peuple déjà j'ai ressenti l'audace ;

Et , loin de me reprendre après m'avoir chassé ,

Il croit voir un tyran dans un prince offensé.

Comme sur lui l'honneur n'eut jamais de puissance,

n croit que tout le monde aspire à la vengeance :

De ses inimitiés rien n'arrête le cours ;

Quand il hait une fois , il veut haïr toujours.

JOCASTE

Mais s'il est vrai, mon fils, que ce peuple vous craigne Et que tous les Thébains redoutent votre règne , Pourquoi par tant de sang cherchez-vous à régner Sur ce peuple endurci que rien ne peut gagner?

POLYNICE

Est-ce au peuple, madame, à se choisir un maître? Sitôt qu'il hait un roi, doit-on cesser de l'être? Sa haine ou son amour , sont-ce les premiers droits Qui font monter au trône ou descendre les rois? Que le peuple à son gré nous craigne ou nous chérisse , Le sang nous met au trône, et non pas son caprice; Ce que le sang lui donne, il le doit accepter; Et s'il n'aime son prince , il le doit respecter.

JOCASTE

Vous serez un tyran ha! de vos provinces.

POLYNICE

Ce nom ne convient pas aux légitimes princes;

MAcan. X 2

1^ LA THÉBAlDE.

De ce titre odieux mes droits me sont garans ' : La haine des sujets ne fait pas le» tyrans. Appelez de ce nom Ëtéocle lui-même.

JOCASTE

Il est aimé de tous.

POLTNICE.

C'est un tyran qu'on aime, Qui par cent lâchetés tâche à se maintenir Au rang où par la force il a su parvenir ; Et son orgueil le rend , par un effet contraire , Esclave de son peuple et tyran de son frère. Pour commander tout seul il veut bien obéir, Et se fait mépriser pour me faire haïr. Ce n'est pas sans sujet qu'on me préfère un traître : Le peuple aime un esclave , et craint d'avoir un maître. Mais je croirois trahir la majesté des rois , Si je faisois le peuple ari)itre de mes droits.

JOCASTE

Ainsi donc la discorde a pour vous tant de charmes? Vous lassez-vous déjà d'avoir posé les armes? Ne cesserons-nous point , après tant de malheurs , Vous , de verser du sang ; moi , de verser des pleurs? N'accorderez-vous rien aux larmes d'une mère? Ma fille, s'il se peut, retenez votre frère : Le cruel pour vous seule avoit de l'amitié.

ANTIGONE

Ah ! si pour vous son âme est sourde à la pitié , Que pourrois-je espérer d'une amitié passée,. Qu'un long éloignement n'a que trop effacée? A peine en sa mémoire ai -je encor quelque rang; Il n'aime , il ne se plaît qu'à répandre du sang. Ne cherchez plus en lui ce prince magnanime , Ce prince qui montroit tant d'horreur pour le crime , Dont l'âme généreuse avoit tant de douceur , Qui respectoit sa mère et chérissoit sa sœur : La nature pour lui n'est plus qu'une chimère ; Il méconnoît sa sœur , il méprise sa mère ; Et l'ingrat , en l'état où son orgueil l'a mis , Nous croit des étrangers , ou bien des ennemis.

POLYKICE.

N'imputez point ce crime à mon âme affligée; Dites plutôt, ma sœur, que vous êtes changée; Dites que de mon rang l'injuste usurpateur

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