‹ Œuvres complètesChapitre 233 sur 594 · SCÈNE lY. — TITUS, BÉRÉNICE j PAULIN, PHÉNICE · texte numérisé non relu

SCÈNE lY. — TITUS, BÉRÉNICE j PAULIN, PHÉNICE

BéRBNICE.

Ne vous offensez pas si mon zèle indlseret De votre solitude interrompt le secret.. Tandis qu'autour de moi votre cour assemblée Retentit des bienfaits dont vous m'avez comblée , Est-il juste, seigneur, que seule en ce moment Je demeure sans voix et sans ressentiment?" Mais, seigneur (car je sais que cet ami sincère Du secret de nos cœurs connoît tout le mystère) , Votre deuil est fini , rien n'arrête vos pas , Vous êtes seul enfin, et ne me cherchez pas! J'entends que vous m'offrez un nouveau diadème, Et ne puis cependant vous entendre vous-même. Hélas I plus de repos , seigneur , et moins d'éclat. : Votre amour ne peut-il paroître qu'au sénat? Ah , Titus ! (car enfin l'amour fuit la contrainte De tous ces noms que suit le respect et la crainte) , De quel soin votre amour va-t-il s'importuner? N'a-t-il que des États qu'il me puisse donner? Depuis quand croyez -vous que ma grandeur me" touche? Un soupir , un regard , un mot de votre bouche , Voilà l'ambition d'un cœur comme le mien : Voyez-moi plus souvent , et ne me donnez rien. Tous vos momens sont-ils dévoués à l'empire? Ce cœur, après huit jours, n'a-t-il rien à me dire? Qu'un mot va rassurer mes timides esprits! Mais parliez- vous de moi quand je vous ai surpriis^ Dans vos secrets discours étois-je intéressée. Seigneur? étois-je au moins présente à la pensé»?

TITUS

N'en doutez point , madame ; et j'atteste tes- àknL. Que toujours Bérénice est présenta à me» yeas; L'absence ni le temps , je vous le jure encore , Ne TOUS peuvent rmk «a cœiur qui vou«*adoM

272 BÉRÉNICE

BéRÉNICB.

Hé quoi , tous me jurez une éternelle ardeur ,

Et vous me la jurez avec cette froideur I

Pourquoi même du ciel attester la puissance?

Faut-il par des sermens vaincre ma défiance?

Mon cœur ne prétend point, seigneur, vous démentir ,

Et je vous en croirai sur un simple soupir.

TITUS

Madame....

BÉRéNIC^,

Hé bien, seigneur? Mais quoi! sans me répondre, Vous détournez les yeux, et semble» vous confondre! Ne m*offrirez-vous plus qu'un visage interdit? Toujours la mort d'un père occupe votre esprit : Rien ne peut-il charmer l'ennui qui vous dévore?

TITUS

Plût aux dieux que mon père, hélas! vécût encore! Que je vivois heureux !

BÉRÉNICB.

Seigneur, tous ces regrets De votre piété sont de justes effets.

Mais vos pleurs ont assez honoré sa mémoire : Vous devez d'autres soins à Rome , à votre gloire De mon propre intérêt je n'ose vous parler. Bérénice autrefois pouvoit vous consoler : Avec plus de plaisir vous m'avez écoutée. De combien de malheurs pour vous persécutée , Vous ai-je, pour un mot, sacrifié mes pleurs? Vous regrettez un père : hélas ! foibles douleurs ! Et moi (ce souvenir me fait frémir encore) On vouloit m'arracher de tout ce que j'adore ; Moi dont vous connoissez le trouble et le tourment Quand vous ne me quittez que pour quelque moment , Moi qui mourrois le jour qu'on voudroit m'interdire De vous....

TITUS

Madame , hélas I que me venez-vous dire ? Quel temps choisissez-vous? Ah! de grâce, arrêtez : C'est trop pour un ingrat prodiguer vos bontés.

BÉRÉNICE

Pour un ingrat, seigneur! Et le pouvez- vous être? Ainsi donc mes bontés vous fatiguent peut-être?

TITUS

Non, madame : jamais, puisqu'il faut tous parler,

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