ACTE II, SCÈNE IV. Î
Mon cœur de plus de feux ne se sentit brûler. Mais....
BéRÉNICE.
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TITUS
Hélas I
BÉRéNICE.
Parlez.
TITUS
Rome.... rempire....
BÉRÉNICE
Hé bien?
TITUS
Sortons , Paulin : je ne lui puis rien dire. SCÈNE V. - BÉRÉNICE, PHÊNJCE.
BÉRÉNICE
Quoi ! me quitter si tôt ! et ne me dire rien ! Chère Phénice , hélas ! quel funeste entretien ! Qu'ai-je fait? Que veut-il? Et que dit ce silence?
PHÉNICE
Comme vous , je me perds d'autant plus que j*y pense. Mais ne s'oflfre-t-il rien à votre souvenir Qui contre vous, madame, ait pu le prévenir? Voyez, examinez.
BÉRÉNICE
Hélas ! tu peux m'en croire :
Plus je veux du passé rappeler la mémoire , Du jour que je le vis jusqu'à ce triste jour, Plus je vois qu'on me peut reprocher trop d'amour Mais tu nous entendois. Il ne faut rien me taire : Parle. N'ai-je rien dit qui lui puisse déplaire? Que sais-je? J'ai peut-être avec trop de chaleur Rabaissé ses présens, ou blâmé sa douleur.... N'est-ce point que de Rome il redoute la haine? Il craint peut-être, il craint d'épouser une reine. Hélas! s'il étoit vrai.... Mais non, il a cent fois Rassuré mon amour contre leurs dures lois ; Cent fois.... Ah! qu'il m'explique un silence si rude : Je ne respire pas dans cette incertitude. Moi, je vivrois, Phénice, et je pourrois penser Qu'il me néglige , ou bien que j'ai pu l'offenser! Retournons sur ses pas. Mais , quand je m'examine , Je crois de ce désordre entrevoir l'origine , Phénice : il aura su tout ce qui s'est passé ;
RACINE X i8
f74 BÉRÉNfCE.
L'tmoar d'Antiochus l'a peut-être offensé.
n attend, m*a-t-on dit, le roi de Comagéne.
Ne cherchons point ailleurs le sujet de ma peine.
Sana doute ce chagrin qui vient de m'alarmer
N*e8t qu*un léger soupçon facile à désarmer.
Je ne te yante point cette foible victoire ,
Titus : ah 1 plût au ciel que , sans blesser ta gloire ,
Un rival plus puissant voulût tenter ma foi ,
Bt pût mettre à mes pieds plus d'empires que toi ;
Que de sceptres sans nombre il pût payer ma flamme ;
Que ton amour n'eût rien à donner que ton âme !
C'est alors , cher Titus , qu'aimé , victorieux ,
Tu verrois de quel prix ton cœur est à mes yeux.
Allons , Phénice , un mot pourra le satisfaire.
Rassurons-nous, mon cœur, je puis encor lui plaire,
Je me comptois trop tôt au rang des malheureux :
Si Titus est jaloux, Titus est amoureux.