ACTE lY, SCÈNE V. SB
De laisser un exemple à la postérité ,
Qui , sans de grands efforts , ne puisse être imité?
BÉRÉNICE
Non, je crois tout facile à votre barbarie :
Je vous crois digne , ingrat , de m'arracher la vie.
De tous vos sentimens mon cœur est éclairci.
Je ne vous parle plus de me laisser ici :
Qui? moi, j*aurois voulu, honteuse et méprisée.
D'un peuple qui me hait soutenir la risée ?
J*ai voulu vous pousser jusques à ce refus.
C*en est fait, et bientôt vous ne me craindrez plus.
N'attendez pas ici que j'éclate en injures.
Que j'atteste le ciel, ennemi des parjures;
Non : si le ciel encore est touché de mes pleurs,
Je le prie, en mourant, d'oublier mes douleurs.
Si je forme des vœux contre votre injustice.
Si, devant que mourir, la triste Bérénice
Vous veut de son trépas laisser quelque vengeur ,
Je ne le cherche , ingrat , qu'au fond de votre cœur.
Je sais que tant d'amour n'en peut être effacée ;
Que ma douleur présente , et ma bonté passée ,
Mon sang, qu'en ce palais je veux même verser.
Sont autant d'ennemis que je vais vous laisser ;
Bt , sans me repentir de ma persévérance ,
Je me remets sur eux de toute ma vengeance.
Adieu.