‹ Œuvres complètesChapitre 262 sur 594 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Qui, par un soin jaloux dans l^ombre retenus, Si voisins de ses yeux , leur étoient inconnus. Que te dirai-je enfin ? la sultane , éperdue , N'eut plus d'autre désir que celui de sa vue.

OSMIN

Mais pouYoient-ils tromper tant de jaloux regards Qui semblent mettre entre eux d'invincibles remparts?

ACOMAT

Peut-être il te souvient qu'un récit peu fidèle De la mortd'Amurat fit courir la nouvelle. La sultane , à ce bruit feignant de s'effrayer , Par des cris douloureux eut soin de l'appuyer. Sur la foi de ses pleurs ses esclaves tremblèrent ; De rheureux Bajazet les gardes se troublèrent ; Et les dons achevant d'ébranler leur devoir , Leurs captifs dans ce trouble osèrent s*entrevoir. Roxane vit le prince ; elle ne put lui taire L'ordre dont elle seule étoit dépositaire. Bajazet est aimable ; il vit que son salut Dépendoit de lui plaire, et bientôt il lui plut. Tout conspiroit pour lui : ses soins , sa complaisance , Ce secret découvert ; et cette intelligence , Soupirs d'autant plus doux qu'il les falloit celer , L'embarras irritant de ne s'oser parler , Môme témérité , périls , craintes communes , Lièrent pour jamais leurs cœurs et leurs fortunes. Ceux mêmes dont les yeux les dévoient éclairer , Sortis de leur devoir, n'osèrent y rentrer.

OSMIN

Quoi f Roxane , d'abord leur découvrant son âme , Osa-t-elle à leurs yeux faire éclater sa flamme ?

ACOMAT

Ils l'ignorent encore ; et , jusques à ce jour ,

Atalide a prêté son nom à cet amour.

Du père d'Amurat Atalide est la nièce ;

Et même avec ses fils partageant sa tendresse ,

Elle a vu son enfance élevée avec eux.

Du prince , en apparence , elle reçoit les vœux ;

Mais elle les reçoit pour les rendre à Roxane ,

Et veut bien, sous son nom, qu'il aime la sultane.

Cependant, cher Osmin, pour s'appuyer de moi,

L'un et l'autre ont promis Atalide à ma foi'.

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