‹ Œuvres complètesChapitre 263 sur 594 · Vun et Vautre^ c'esl-à-dire Roxane el Bajazel · texte numérisé non relu

Vun et Vautre^ c'esl-à-dire Roxane el Bajazel

Quoil vous l'aimez, seigneur?

ACOMAT

Voudrois-tu qu'à mon âge Je fisse de l'amour le vil apprentissage? Qu'un cœur qu'ont endurci la fatigue et les ans Suivît d'un vain plaisir les conseils imprudens? C'est par d'autres attraits qu'elle plaît à ma vue : J'aime en elle le sang dont elle est descendue. Par elle Bajazet, en m'approchant de lui, Me va contre lui-même assurer un appui. Un vizir aux sultans fait toujours quelque ombrage; A peine ils l'ont choisi , qu'ils craignent leur ouvrage. Sa flépouille est un bien qu'ils veulent recueillir, Et jamais leurs chagrins ne nous laissent vieillir. Bajazet aujourd'hui m'honore et me caresse ; Ses périls tous les jours réveillent sa tendresse : Ce môme Bajazet , sur le trône affermi , Méconnoîtra peut-être un inutile ami.

Et moi, si mon devoir, si ma foi ne l'arrête. S'il ose quelque jour me demander ma tête.... Je ne m'explique point, Osmin; mais je prétends Que du moins il faudra la demander longtemps. Je sais rendre aux sultans de fidèles services; Mais je laisse au vulgaire adorer leurs caprices, Et ne me pique point du scrupule insensé De bénir mon trépas quand ils l'ont prononcé.

Voilà donc de ces lieux ce qui m'ouvre l'entrée . Et comme enfin Roxane à mes yeux s'est montrée. Invisible d'abord, elle entendoit ma voix, Et craignoit du sérail les rigoureuses lois ; Mais enfin, bannissant cette importune crainte Qui dans nos entretiens jetoit trop de contrainte. Elle-même a choisi cet endroit écarté , Où nos cœurs à nos yeux parlent en liberté. Par un chemin obscur une esclave me guide , Et.... Mais on vient : c'est elle et sa chère Atalide. Demeure ; et , s'il le fauj , sois prêt à confirmer Le récit important dont je vais l'informer.

Page 1