‹ Œuvres complètesChapitre 268 sur 594 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

A ses desseins secrets voulut m*associer, .

Ne put voir sans amour ce héros trop aimable :

Elle courut lui tendre une main favorable.

Bajazet, étonné, rendit grâce à ses soins,

Lui rendit des respects : pouvoit-il faire moins?

Mais qu*aisément l'amour croit tout ce qu'il souhaite !

De ses moindres respects Koxane satisfaite

Nous engagea tous deux , par sa facilité ,

A la laisser jouir de sa crédulité.

Zaïre , il faut pourtant avouer ma foiblesse :

D'un mouvement jaloux je ne fus pas maîtresse.

Ma rivale , accablant mon amant de bienfaits ,

Opposoii un empire à mes foibles attraits ;

Mille soins la rendoient présente à sa mémoire ;

Elle Tentretenoit de sa prochaine gloire :

Et moi, je ne puis rien. Mon cœur, pour tout discours,

N'avoit que des soupirs qu'il répétoit toujours.

Le ciel seul sait combien j'en ai versé de larmes.

Mais enfin Bajazet dissipa mes alarmes :

Je condamnai mes pleurs , et jusques aujourd'hui

Je Tai pressé de feindre , et j'ai parlé pour lui.

Hélas! tout est fini : Roxane méprisée

Bientôt de son erreur sera désabusée.

Car enfin Bajazet ne sait point se cacher ;

Je connois sa vertu prompte à s'effaroucher.

Il faut qu'à tous momens , tremblante et secourable ,

Je donne à ses discours un sens plus favorable.

Bajazet va se perdre. Âh ! si , comme autrefois ,

Ma rivale eût voulu lui parler par ma voix !

Au moins, si j'avois pu préparer sou visage!

Mais, Zaïre, je puis l'attendre à son passage;

D'un mot ou d'un regard je puis le secourir.

Qu'il l'épouse , en un mot , plutôt que de périr.

Si Roxane le veut , sans doute il faut qu'il meure.

Il se perdra, te dis-je. Atalide ^ demeure ;

Laisse, sans t'alarmer, ton amant sur sa foi.

Penses-tu mériter qu'on se perde pour toi?

Peut-être Bajazet , secondant ton envie ,

Plus que tu ne voudras aura soin de sa vie.

ZAÏRE

Ah! dans quels soins, madame, allez-vous vous plonger? Toujours avant le temps faut-il vous affliger? Vous n'en pouvez douter, Bajazet vous adore Suspendez , ou cachez l'ennui qui vous dévore : N'allez point par vos pleurs déclarer vos amours.

314 BAJAZET

La ma*n qui l'a sauvé le sauvera toujours , Pourvu qu'entretenue en son erreur fatale, Rozane jusqu'au bout ignore sa rivale.

Venez en d'autres lieux enfermer vos regrets , Et de leur entrevue attendre le succès.

ATALIDB.

Hé bien, Zaïre, allons. Et toi, si ta justice De deux jeunes amans veut punir l'artifice , 0 ciel I si notre amour est condamné de toi , Je suis la plus coupable, épuise tout sur moi!

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