ACTE I, SCÈNE IV
A ses desseins secrets voulut m*associer, .
Ne put voir sans amour ce héros trop aimable :
Elle courut lui tendre une main favorable.
Bajazet, étonné, rendit grâce à ses soins,
Lui rendit des respects : pouvoit-il faire moins?
Mais qu*aisément l'amour croit tout ce qu'il souhaite !
De ses moindres respects Koxane satisfaite
Nous engagea tous deux , par sa facilité ,
A la laisser jouir de sa crédulité.
Zaïre , il faut pourtant avouer ma foiblesse :
D'un mouvement jaloux je ne fus pas maîtresse.
Ma rivale , accablant mon amant de bienfaits ,
Opposoii un empire à mes foibles attraits ;
Mille soins la rendoient présente à sa mémoire ;
Elle Tentretenoit de sa prochaine gloire :
Et moi, je ne puis rien. Mon cœur, pour tout discours,
N'avoit que des soupirs qu'il répétoit toujours.
Le ciel seul sait combien j'en ai versé de larmes.
Mais enfin Bajazet dissipa mes alarmes :
Je condamnai mes pleurs , et jusques aujourd'hui
Je Tai pressé de feindre , et j'ai parlé pour lui.
Hélas! tout est fini : Roxane méprisée
Bientôt de son erreur sera désabusée.
Car enfin Bajazet ne sait point se cacher ;
Je connois sa vertu prompte à s'effaroucher.
Il faut qu'à tous momens , tremblante et secourable ,
Je donne à ses discours un sens plus favorable.
Bajazet va se perdre. Âh ! si , comme autrefois ,
Ma rivale eût voulu lui parler par ma voix !
Au moins, si j'avois pu préparer sou visage!
Mais, Zaïre, je puis l'attendre à son passage;
D'un mot ou d'un regard je puis le secourir.
Qu'il l'épouse , en un mot , plutôt que de périr.
Si Roxane le veut , sans doute il faut qu'il meure.
Il se perdra, te dis-je. Atalide ^ demeure ;
Laisse, sans t'alarmer, ton amant sur sa foi.
Penses-tu mériter qu'on se perde pour toi?
Peut-être Bajazet , secondant ton envie ,
Plus que tu ne voudras aura soin de sa vie.
ZAÏRE
Ah! dans quels soins, madame, allez-vous vous plonger? Toujours avant le temps faut-il vous affliger? Vous n'en pouvez douter, Bajazet vous adore Suspendez , ou cachez l'ennui qui vous dévore : N'allez point par vos pleurs déclarer vos amours.
314 BAJAZET
La ma*n qui l'a sauvé le sauvera toujours , Pourvu qu'entretenue en son erreur fatale, Rozane jusqu'au bout ignore sa rivale.
Venez en d'autres lieux enfermer vos regrets , Et de leur entrevue attendre le succès.
ATALIDB.
Hé bien, Zaïre, allons. Et toi, si ta justice De deux jeunes amans veut punir l'artifice , 0 ciel I si notre amour est condamné de toi , Je suis la plus coupable, épuise tout sur moi!