SCÈNE I. — BAJAZET , ROXANE
ROXANE
Prince , l'heure fatale est enfin arrivée
Qu'à votre liberté le ciel a réservée.
Rien ne me retient plus; et je puis, dès ce fbur,
Accomplir le dessein qu'a formé mon amour.
Non que , vous assurant d'un triomphe facile ,
Je mette entre vos mains un empire tranquille ;
Je fais ce que je puis , je vous l'avois promis :
J'arme votre valeur contre vos ennemis ,
J'écarte de vos jours un péril manifeste ;
Votre vertu , seigneur , achèvera le reste.
Osmin a vu l'armée ; elle penche pour vous ;
Les chefs de notre loi conspirent avec nous ;
Le vizir Acomat vous répond de Byzance ;
Et moi, vous le savez, je tiens sous ma puissance
Cette foule de chefs , d'esclaves , de muets ,
Peuple que dans ses murs renferme ce palais ,
Et dont à ma faveur les âmes asservies
M'ont vendu dès longtemps leur silence et leurs vies.
Commencez maintenant : c'est à vous de courir
Dans le champ glorieux que j'ai su vous ouvrir.
Vous n'entreprenez point une injuste carrière ,
Vous repoussez , seigneur , une main meurtrière :
L'exemple en est commun ; et , parmi les sultans ,
Ce chemin à l'empire a conduit de tous temps.