‹ Œuvres complètesChapitre 29 sur 594 · SCÈNE IV. — JOCASTE, ÉTÉOCLE, ANTIGONE, CRÉON · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. — JOCASTE, ÉTÉOCLE, ANTIGONE, CRÉON

JOCASTE

Mon fils , c*est donc ainsi que l'on garde sa foi?

ÉTÉOCLE

Madame, ce combat n'est point venu de moi,

Mais de quelques soldats , tant d'Argos que des nôtres ,

Qui, s'étant querellés les uns avec les autres,

Ont insensiblement tout le corps ébranlé ,

Et fait un grand combat d*un simple démêlé.

La bataille sans doute alloit être cruelle ,

Et son événement vidoit notre querelle ,

Quand du fils de Créon l'héroïque trépas

De tous les combattans a retenu le bras.

Ce prince , le dernier de la race royale ,

S'est appliqué des dieux la réponse fatale ;

Et lui-même à la mort il s'est précipité ,

De l'amour du pays noblement transporté.

JOCASTE

Ah ! si le seul amour qu'il eut pour sa patrie

Le rendit insensible aux douceurs de la vie,

Mon fils, ce même amour ne peut-il seulement

De votre ambition vaincre l'emportement?

Un exemple si beau vous invite à le suivre.

Il ne faudra cesser de régner ni de vivre :

Vous pouvez , en cédant un peu de votre rang ,

Faire plus qu'il n'a fait en versant tout son sang ;

Il ne faut que cesser de haïr votre frère;

Vous ferez beaucoup plus que sa mort n'a su faire.

0 dieux ! aimer un frère , est-ce un plus grand effort

Que de haïr la vie et courir à la mort?

Et doit- il être enfin plus facile en un autre

De répandre son sang, qu'en vous d'aimer le vôtre?

ÉTÉOCLE

Son illustre vertu me charme comme vous ,

Et d'un si beau trépas je suis même jaloux.

Et toutefois, madame, il faut que je vous die

Qu'un trône est plus pénible à quitter que la vie :

La gloire bien souvent nous porte à la haïr;

Mais peu de souverains font gloire d'obéir.

Les dieux vouloient son sang ; et ce prince , sans crime y

Ne pouvoit à l'Etat refuser sa victime ;

Mais ce même -pays, qui demandoit son sang,

Demande que je règne , et m'attache à mon rang.

Jusqu'à ce qu'il m'en ôte, il faut que j'y demeure :

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