‹ Œuvres complètesChapitre 339 sur 594 · SCÈNE I.— MONIME, PHŒDIME · texte numérisé non relu

SCÈNE I.— MONIME, PHŒDIME

MONIME

Phœdime , au nom des dieux , fais ce que je désire :

Va voir ce qui se passe, et reviens me le dire.

Je ne sais ; mais mon cœur ne se peut rassurer :

Mille soupçons affreux viennent me déchirer.

Que tarde Xipharès? et d'où vient qu'il diffère

A seconder des vœux qu'autorise son père?

Son père, en me quittant, me l'alloit envoyer....

Mais il feignoit peut-être. Il falloit tout nier.

Le roi feignoit.... Et moi, découvrant ma pensée....

O dieux! en ce péril m'auriez-vous délaissée?

Et se pourroit-il bien qu'à son ressentiment

Mon amour indiscret eût livré mon amant?

Quoi , prince ! quand tout plein de ton amour extrême

Pour savoir mon secret tu me pressois toi-même ,

Mes refus trop cruels vingt fois te l'ont caché ;

388 MITHRIDATE

Je t'ai même puni de l'avoir arraché : El quand de toi peut-être un père se défie , Que dis-je? quand peut-être il y va de ta vie, Je parle; et, trop facile à me laisser tromper, Je lui marque le cœur où sa main doit frapper!

PHŒDIMB.

Ahl traitez-le, madame, avec plus de justice: Un grand roi descend-il jusqu'à cet artifice? A prendre ce détour qui l'auroit pu forcer? Sans murmure à l'autel vous l'alliez devancer. Vouloit-il perdre un fils qu'il aime avec tendresse? Jusqu'ici les effets secondent sa promesse : Madame , il vous disoit qu'un important dessein , Malgré lui, le forçoit à vous quitter demain : Ce seul dessein l'occupe; et, hâtant son voyage, Lui-même ordonne tout , présent sur le rivage ; Ses vaisseaux en tous lieux se chargent de soldats , Et partout Xi phares accompagne ses pas. D'un rival en fureur est-ce là la conduite? Et voit-on ses discours démentis par la suite?

HONIME.

Pharnace , cependant , par son ordre arrêté , Trouve en lui d'un rival toute la dureté. Phœdime, à Xipharès fera-t-il plus de grâce?

PUŒDIME.

C'est l'ami des Romains qu'il punit en Pharnace : L'amour a peu de part à ses justes soupçons.

Autant que je le puis , je cède à tes raisons ; Elles calment un peu l'ennui qui me dévore. Mais pourtant Xipharès ne paroît point encore.

PHŒDIME.

Vaine erreur des amans , qui , pleins de leurs désirs , Voudroient que tout cédât au soin de leurs plaisirs! Qui, prêts à s'irriter contre le moindre obstacle....

MONIME

Ma Phœdime , eh ! qui peut concevoir ce miracle ? Après deux ans d'ennuis , dont tu sais tout le poids , Quoi ! je puis respirer pour la première fois I Quoi! cher prince, avec toi je me verrois unie! Et loin que ma tendresse eût exposé ta vie , Tu verrois ton devoir , je verrois ma vertu , Approuver un amour si longtemps combattu ! Je pourrois tous les jours t'assurer que je t'aime! Que ne viens-tu?

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