‹ Œuvres complètesChapitre 340 sur 594 · SCÈNE II. — MONIME, XIPHARÈS, PHŒDIME · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — MONIME, XIPHARÈS, PHŒDIME

MONIME

Seigneur, je parlois de vous-même.

Mon âme souhaitoit de vous voir en ce lieu , Pour vous....

XIPHARÈS

C'est maintenant qu'il faut vous dire adieu.

MONlME.

Adieu! vous?

XIPHARÈS

Oui , madame ; et pour toute ma vie.

MONIME

Qu'entends-je? On me disoit.... Hélas! ils m'ont trahie!

XIPHARÈS

Madame, je ne sais quel ennemi couvert,

Révélant nos secrets, vous trahit, et me perd.

Mais le roi , qui tantôt n'en croyoit point Pharnace ,

Maintenant dans nos cœurs sait tout ce qui se passe.

Il feint, il me caresse, et cache son dessein:

Mais moi , qui dès l'enfance élevé dans son sein ,

De tous ses mouvemens ai trop d'intelligence ,

J*ai lu dans ses regards sa prochaine vengeance.

Il presse , il fait partir tous ceux dont mon malheur

Pourroit à la révolte exciter la douleur.

De ses fausses bontés j'ai connu la contrainte.

Un mot même d'Arbate a confirmé ma crainte :

Il a su m' aborder ; et , les larmes aux yeux ,

«« On sait tout, m'a-t-il dit, sauvez-vous de ces lieux. »

Ce mot m'a fait frémir du péril de ma reine,

Et ce cher intérêt est le seul qui m'amène.

Je vous crains pour vous-même; et je viens à genoux

Vous prier , ma princesse , et vous fléchir pour vous.

Vous dépendez ici d'une main violente ,

Que le sang le plus cher rarement épouvante ;

Et je n'ose vous dire à quelle cruauté

Mithridate jaloux s'est souvent emporté.

Peut-être c'est moi seul que sa fureur menace ;

Peut-être , en me perdant , il veut vous faire grâce :

Daignez , au nom des dieux , daignez en profiter :

Par de nouveaux refus n'allez point l'irriter.

Moins vous l'aimez, et plus tâchez de lui complaire;

Feignez , efforcez- vous : songez qu'il est mon père.

Vivez ; et permettez que dans tous mes malheurs

Je puisse à votre amour ne coûter que des pleurs.

390 MITHRIDATE

MONIMB.

Ah ! je vous ai perdu !

XIPHARÂS.

Généreuse Monime, Ne vous imputez point le malheur qui m'opprime. Votre seule bonté n'est point ce qui me nuit; Je suis un malheureux que le destin poursuit; C'est lui qui m'a ravi l'amitié de mon père , Qui le fit mon rival , qui révolta ma mère , Et vient de susciter, dans ce moment affreux, Un secret ennemi pour nous trahir tous deux.

MONIME

Hé quoi I cet ennemi vous l'ignorez encore ?

XIPHARÊS.

Pour surcroît de douleur, madame, je l'ignore. Heureux! si je pouvois, avant que m'immoler, Percer le traître cœur qui m'a pu déceler !

MONIME

Hé bien , seigneur , il faut vous le faire connoître. Ne cherchez point ailleurs cet ennemi , ce traître ; Frappez : aucun respect ne vous doit retenir. J'ai tout fait ; et c'est moi que vous devez punir.

XIPHARÉS.

Vous !

MONIME

Ah ! si vous saviez , prince , avec quelle adresse Le cruel est venu surprendre ma tendresse 1 Quelle amitié sincère il affectoit pour vous ! Content , s'il vous voyoit devenir mon époux I Qui n'auroit cru?... Mais non, mon amour, plus timide, Devoit moins vous livrer à sa bonté perfide. Les dieux, qui m'inspiroient , et que j'ai mal suivis. M'ont fait taire trois fois par de secrets avis. J'ai dû continuer: j'ai dû dans tout le reste.... Que sais-je enfin ? j'ai dû vous être moins funeste ; J'ai dû craindre du roi les dons empoisonnés , Et je m'en punirai, si vous me pardonnez.

XIPHARÈS

Quoi, madame! c'est vous, c'est l'amour qui m'expose?

Mon malheur est parti d'une si belle cause?

Trop d'amour a trahi nos secrets amoureux?

Et vous vous excusez de m'avoir fait heureux?

Que voudrois-je de plus? glorieux et fidèle.

Je meurs. Un autre sort au trône vous appelle :

Consentez-y, madame; et, sans plus résister.

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