SCÈNE III. — ACHILLE, CLYTEMNESTRE
ACHILLE
Tout succède , madame , à mon empressement •
Le roi n'a point voulu d'autre éclaircissement ;
Il en croit mes transports; et, sans presque m' entendre.
Il vient , en m'embrassant , de m' accepter pour gendre.
Il ne m'a dit qu'un mot. Mais vous a-t-il conté
Quel bonheur dans le camp vous avez apporté?
Les dieux vont s'apaiser : du moins Calchas publie
Qu'avec eux , dans une heure , il nous réconcilie ;
Que Neptune et les vents, prêts à nous exaucer.
N'attendent que le sang que sa main va verser.
Déjà dans les vaisseaux la voile se déploie ,
Déjà sur sa parole ils se tournent vers Troie.
432 IPUlGËNiË.
Pour moi , quoique le ciel , au gré de mon amour ,
Dût encore des vents retarder le retour,
Que je quitte à regret la rive fortunée
Où je vais allumer les flambeaux d'hyménée ,
Puis-je ne point chérir Theureuse occasion
D'aller du sang troyen sceller notre union ,
Et de laisser bientôt , sous Troie ensevelie ,
Le déshonneur d'un nom à qui le mien s'allie?
SCÈNE IV. — ACHILLE, CLYTEMNESTRE , IPHIGENIK, ÉRIPHILE, iEGINE, DORIS.
ACHILLE
Princesse, mon bonheur ne dépend que de vous: Votre père à l'autel vous destine un époux : Venez y recevoir un cœur qui vous adore.
IPHIGÉNIE
Seigneur , il n'est pas temps que nous partions encore ;
La reine permettra que j'ose demander
Un gage à votre amour , qu'il me doit accorder.
Je viens vous présenter une jeune princesse :
Le ciel a sur son front imprimé sa noblesse.
De larmes tous les jours ses yeux sont arrosés ;
Vous savez ses malheurs , vous les avez causés.
Moi-même (où m'emportoit une aveugle colère!)
J'ai tantôt, sans respect, affligé sa misère.
Que ne puis-je aussi bien par d'utiles secours,
Réparer promptement mes injustes discours!
Je lui prête ma voix , je ne puis davantage.
Vous seul pouvez , seigneur , détruire voire ouvrage :
Elle est votre captive; et ses fers, que je plains.
Quand vous l'ordonnerez , tomberont de ses mains.
Commencez donc par là cette heureuse journée.
Qu'elle puisse à nous voir n'être plus condamnée.
Montrez que je vais suivre au pied de nos autels
Un roi qui , non content d'eff'rayer les mortels ,
A des embrasemens ne borne point sa gloire ,
Laisse aux pleurs d'une épouse attendrir sa victoire ,
Et, par les malheureux quelquefois désarmé.
Sait imiter en tout les dieux qui l'ont formé.
ÉRIPHILE
Oui , seigneur , des douleurs soulagez la plus vive. La guerre dans Lesbos me fit votre captive ; Mais c'est pousser trop loin ses droits injurieux , Qu'y joindre le tourment que je souffre en ces lieux.