ACTE m, SCÈNE IV
ACHILLE
Vous, madame?
ÉRIPHILE
Oui , seigneur , et sans compter le reste , Pouvez-vous m'imposer une loi plus funeste Que de rendre mes yeux les tristes spectateurs De la félicité de mes persécuteurs?
J'entends de toutes parts menacer ma patrie ; Je vois marcher contre elle une armée en furie ; Je vois déjà l'hymen, pour mieux me déchirer, Mettre en vos mains le feu qui la doit dévorer. Souffrez que, loin du camp et loin de votre vue, Toujours infortunée et toujours inconnue , J'aille cacher un sort si digne de pitié , Et dont mes pleurs encor vous taisent la moitié.
ACHILLE
C'est trop, belle princesse : il ne faut que nous suivre. Venez , qu'aux yeux des Grecs Achille vous délivre ; Et que le doux moment de ma félicité Soit le moment heureux de votre liberté.
SCÈNE V. — ACHILLE, CLYTEMNESTRE , IPHIGÊNIE, ÉRIPHILE, ARCAS, iEGINE, DORIS.
ARCAS
Madame, tout est prêt pour la cérémonie.
Le roi près de l'autel attend Iphigénie ;
Je viens la demander : ou plutôt contre lui ,
Seigneur, je viens pour elle implorer votre appui.
Arcas, que dites-vous?
CLYTEMNESTRE
Dieux! que vient-il m'apprendre?
ARCAS, à Achille.
Je ne vois plus que vous qui la puisse défendre.
ACHILLE
Contre qui?
ARCAS
Je le nomme et l'accuse à regret :
Autant que je l'ai pu j'ai gardé son secret. Mais le fer, le bandeau, la flamme est toute prête; Dût tout cet appareil retomber sur ma tête, Il faut parler.
CLYTEMNESTRE
Je tremble. Expliquez-vous, Arcas.
RACINE l 28