‹ Œuvres complètesChapitre 384 sur 594 · SCÈNE Vî. - ACHILLE, IPHIGÉNIE · texte numérisé non relu

SCÈNE Vî. - ACHILLE, IPHIGÉNIE

ACHILLE

Madame, je me tais, et demeure immobile.

Est-ce à moi que l'on parle, et connoît-on Achille?

Une mère pour vous croit devoir me prier !

Une reine à mes pieds se vient humilier!

Et, me déshonorant par d'injustes alarmes,

Pour attendrir mon cœur on a recours aux larmes!

Oui doit prendre à vos jours plus d'intérêt que moi?

Ah! sans doute on s'en peut reposer sur ma foi.

L'outrage me regarde; et, quoi qu'on entreprenne,

Je réponds d'une vie où j'attache la mienne

Mais ma juste douleur va plus loin m'engager :

C'est peu de vous défendre, et je cours vous venger,

Et punir à la fois le cruel stratagème

Qui s'ose de mon nom armer contre vous-même.

IPHIGÉNIE

Ahl demeurez, seigneur, et daignez m'écouter.

ACHILLE

Quoi, madame! un barbare osera m'insulter?

Il voit que de sa sœur je cours venger l'outrage;

Il sait que , le premier lui donnant mon suffrage ,

Je le fis nommer chef de vingt rois ses rivaux;

Et , pour fruit de mes soins , pour fruit de mes travaux

436 IPUIGÊNIE.

Pour tout le prix enfin d'une illustre victoire

Qui le doit enrichir , venger , combler de gloire ,

Content et glorieux du nom de votre époux ,

Je ne lui demandois que l'honneur d'être à vous :

Cependant aujourd'hui , sanguinaire , parjure ,

C'est peu de violer l'amitié , la nature ;

C'est peu que de vouloir, sous un couteau mortel,

Me montrer votre cœur fumant sur un autel :

D'un appareil d'hymen couvrant ce sacrifice,

Il veut que ce soit moi qui vous mène au supplice,

Que ma crédule main conduise le couteau ,

Qu'au lieu de votre époux je sois votre bourreau!

Et quel étoit pour vous ce sanglant hyménée,

Si je fusse arrivé plus tard d'une journée?

Quoi donc! à leur fureur livrée en ce moment,

Vous iriez à l'autel me chercher vainement;

Et d'un fer imprévu vous tomberiez frappée ,

En accusant mon nom qui vous auroit trompée?

Il faut de ce péril , de cette trahison ,

Aux yeux de tous les Grecs lui demander raison.

A l'honneur d'un époux vous-même intéressée ,

Madame , vous devez approuver ma pensée.

Il faut que le cruel qui m'a pu mépriser

Apprenne de quel nom il osoit abuser.

IPHIGÉNIE

Hélas ! si vous m'aimez , si , pour grâce dernière ,

Vous daignez d'une amante écouter la prière ,

C'est maintenant , seigneur , qu'il faut me le prouver :

Car enfin , ce cruel que vous allez braver ,

Cet ennemi barbare, injuste, sanguinaire,

Songez , quoi qu'il ait fait , songez qu'il est mon père.

ACHILLE

Lui, votre père? Après son horrible dessein. Je ne le connois plus que pour votre assassin.

IPHIGÉNIE

C'est mon père , seigneur , je vous le dis encore , Mais un père que j'aime , un père que j'adore , Qui me chérit lui-même, et dont, jusqu'à ce jour, Je n'ai jamais reçu que des marques d'amour. Mon cœur , dans ce respect élevé dès l'enfance , Ne peut que s'affliger de tout ce qui l'off'ense , Et , loin d'oser ici , par un prompt changement , Approuver la fureur de votre emportement , Loin que par mes discours je l'attise moi-même , Croyez qu'il faut aimer autant que je vous aime

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