‹ Œuvres complètesChapitre 385 sur 594 · ACTE 111, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCÈNE VI

Pour avoir pu souffrir tous les noms odieux Dont votre amour le vient d'outrager à mes yeux. Et pourquoi voulez-vous qu'inhumain et barbare , Il ne gémisse pas du coup qu'on me prépare? Quel père de son sang se plaît à se priver? Pourquoi ma perdroit^il s'il pouvoit me sauver? J'ai vu , n'en doutez point , ses larmes se répandre. Faut-il le condamner avant que de l'entendre ? Hélas ! de tant d'horreurs son cœur déjà troublé Doit-il de votre haine être encore accablé?

ACHILLE

Quoi, madame, parmi tant de sujets de crainte,

Ce sont là les frayeurs dont vous êtes atteinte !

Un cruel (comment puis-je autrement l'appeler?)

Par la main de Calchas s'en va vous immoler;

Et , lorsqu'à sa fureur j'oppose ma tendresse ,

Le soin de son repos est le seul qui vous presse ?

On me ferme la bouche? on l'excuse? on le plaint?

C'est pour lui que l'on tremble, et c'est moi que l'on craint?

Triste effet de mes soins! est-ce donc là, madame,

Tout le progrès qu'Achille avoit fait dans votre àme?

IPHIGÉNIE

Ah, cruel! cet amour, dont vous voulez douter, Ai-je attendu si tard pour le faire éclater? Vous voyez de quel œil , et comme indifférente , J'ai reçu de ma mort la nouvelle sanglante : Je n'en ai point pâli. Que n'avez-vous pu voir A quel excès tantôt alloit mon désespoir , Quand , presque en arrivant , un récit peu fidèle M'a de votre inconstance annoncé la nouvelle ! Qui sait même, qui sait si le ciel, irrité, A pu souffrjr l'excès de ma félicité ? Hélas ! il me sembloit qu'une flamme si belle M'élevoit au-dessus du sort d'une mortelle !

ACHILLE

Ah ! si je vous suis cher , ma princesse , vivez !

Page 1