‹ Œuvres complètesChapitre 399 sur 594 · SCÈNE II — ACHILLE, IPHIGÉNIE · texte numérisé non relu

SCÈNE II — ACHILLE, IPHIGÉNIE

ACHILLE

Venez, madame, suivez-moi :

Ne craignez ni les cris ni la foule impuissante D'un peuple qui se presse autour de cette tente. Paroissez ; et bientôt , sans attendre mes coups , Ces flots tumultueux s'ouvriront devant vous. Patrocle , et quelques chefs qui marchent à ma suite , De mes Thessaliens vous amènent l'élite : Tout le reste , assemblé près de mon étendard , Vous offre de ses rangs l'invincible rempart. A vos persécuteurs opposons cet asile : Qu'ils viennent vous chercher sous les tentes d'Achille. Quoi, madame I est-ce ainsi que vous me secondez 1 Ce n'est que par des pleurs que vous me répondez! Vous fiez-vous encore à de si foibles armes? Hàtons-nous : votre père a déjà vu vos larmes.

IPHIGÉNIE

Je le sais bien, seigneur : aussi tout mon espoir N'est plus qu'au coup mortel que je vais recevoir.

ACHILLE

Vous, mourir? Ah! cessez de tenir ce langage. Songez -vous quel serment vous et moi nous engage? Songez-vous , pour trancher d'inutiles discours , Que le bonheur d'Achille est fondé sur vos jours?

IPHIGÉNIE-

Le ciel n'a point aux jours de cette infortunée Attaché le bonheur de votre destinée.

Notre amour nous trompoit ; et les arrêts du sort Veulent que ce bonheur soit un fruit de ma mort. Songez , seigneur , songez à ces moissons de gloire Qu'à vos vaillantes mains présente la. victoire : Ce champ si glorieux où vous aspirez tous , Si mon sang ne l'arrose , est stérile pour vous. Telle est la loi des dieux à mon père dictée. En vain , sourd à Calchas , il l'avoit rejetée :

452 IPUIGÉNiE.

Par la bouche des Grecs contre moi conjurés Leurs ordres éternels se sont trop déclarés. Partez ; à vos honneurs j'apporte trop d'obstacles ; Vous-même dégagez la foi de vos oracles ; Signalez ce héros à la Grèce promis ; Tournez votre douleur contre ses ennemis. Déjà Priam pâlit ; déjà Troie en alarmes Redoute mon bûcher, et frémit de vos larmes Allez; et, dans ses murs vides de citoyens, Faites pleurer ma mort aux veuves des Troyens. Je meurs dans cet espoir, satisfaite et tranquille. Si je n*ai pas vécu la compagne d'Achille, • J'espère que du moins un heureux avenir A vos faits immortels joindra mon souvenir; Et qu'un jour mon trépas, source de votre gloire, Ouvrira le récit d'une si belle histoire. Adieu , prince ; vivez , digne race des dieux.

ACHILLE

Non , je ne reçois point vos funestes adieux.

En vain , par ce discours , votre cruelle adresse

Veut servir votre père, et tromper ma tendresse.

En vain vous prétendez, obstinée à mourir,

Intéresser ma gloire à vous laisser périr :

Ces moissons de lauriers , ces honneurs , ces conquêtes

Ma main , en vous servant , les trouve toutes prêtes.

Et qui de ma faveur se voudroit honorer

Si mon hymen prochain ne peut vous assurer?

Ma gloire , mon amour , vous ordonnent de vivre :

Venez, madame, il faut les en croire, et me suivre.

IPHIGÉNIE

Qui? moi? que, contre un père osant me révol Je mérite la mort que j'irois éviter?

^Où serokjgrespect? Et ce devoir suprême....

Vous suivrez un époux avoué par lui-même. C'est un titre qu'en vain il prétend me voler : Ne fait-il des sermens que pour les violer? Vous-même , que retient un devoir si sévère , Quand il vous donne à moi, n'est- il point Votre père? Suivez-vous seulement ses ordres absolus Quand il cesse de l'être et ne vous connoît plus? Enfin c'est trop tarder, ma princesse, et ma crainte....

Quoi, seigneur! vous iriez jusques à la contrainte? D'un coupable transport écoutant la chaleur ,

Page 1