‹ Œuvres complètesChapitre 407 sur 594 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Une femme mourante , et qui cherche à mourir? Phèdre , atteinte d'un mal qu'elle s'obstine à taire , Lasse enfin d'elle-même et du jour qui l'éclairé , Peut- elle contre vous former quelques desseias?

HIPPOLYTE

Sa vaine inimitié n'est pas ce que je crains. Hippolyte en partant fuit une autre ennemie : Je fuis , je l'avouerai , cette jeune Aricie , Reste d'un sang fatal conjuré contre nous.

THÉRAMéNE.

Quoi! vous-même, seigneur, la persécutez- vous? Jamais l'aimable sœur des cruels Pallantides • Trempa-t-elle aux complots de ses frères perfides? Et devez-vous haïr ses innocens appas?

Si je la haïssois , je ne la fuirois pas.

THÉRAICÈNB.

Seigneur , m'est-il permis d'expliquer votre fuite? Pourriez-vous n'être plus ce superbe Hippolyte Implacable ennemi des amoureuses lois, Et d'un joug que Thésée a subi tant de fois? Vénus , par votre orgueil si longtemps méprisée , Voudroit-elle à la fin justifier Thésée? Et , vous mettant au rang du reste des mortels , Vous a-t-elle forcé d'encenser ses autels? Aimeriez -vous , seigneur?

HIPPOLYTE

Ami, qu'oses- tu dire?

Toi , qui connois mon cœur depuis que je respire , Des sentimens d'un cœur si fier , si dédaigneux , Peux-tu me demander le désaveu honteux?

C'est peu qu'avec son lait une mère amazone M'ait fait sucer encor cet orgueil qui t'étonne ; Dans un âge plus mûr moi-même parvenu, Je me suis applaudi quand je me suis connu. Attaché près de moi par un zèle sincère , Tu me contois alors l'histoire de mon père. Tu sais combien mon âme , attentive à ta voix , S'écbauff'oit au récit de ses nobles exploits; Quand tu me dépeignois ce héros intrépide Consolant les mortels de l'absence d'Alcide , Les monstres étoufies , et les brigands punis ,

4 . Egée, père de Thésée, avait pour rrère Pallante , dont les fils, les Pallantides t conspirèrent contre Thésée, et firent tués par lui.

464 PHÈDRE

Procuste , Cercyon , et Sciron , et Sinis ,

Et les os dispersés du géant d'Êpidaure ,

Et la Crète fumant du sang du Minotaure.

Hais , quand tu récitois des faits moins glorieux ,

Sa foi partout offerte , et reçue en cent lieux ;

Hélène à ses parens dans Sparte dérobée ;

Salamine témoin des pleurs de Péribée ' ;

Tant d'autres , dont les noms lui sont même échappés ,

Trop crédules esprits que sa flamme a trompés ;

Ariane aux rochers contant ses injustices ;

Phèdre enlevée enfin sous de meilleurs auspices ;

Tu sais comme , à regret écoutant ce discours ,

Je te pressois souvent d'en abréger le cours.

Heureux I si j'avois pu ravir à la mémoire

Cette indigne moitié d'une si belle histoire !

Et moi-même , à mon tour , je me verrois lié ?

Et les dieux jusque-là m'auroient humilié?

Dans mes lâches soupirs d'autant plus méprisable ,

Qu'un long amas d'honneurs rend Thésée excusable ,

Qu'aucuns monstres par moi domptés jusqu'aujourd'hui,

Ne m'ont acquis le droit de faillir comme lui.

Quand même ma fierté pourroit s'être adoucie ,

Aurois-je pour vainqueur dû choisir Aricie?

Ne souviendroit-il plus à mes sens égarés

De l'obstacle étemel qui nous a séparés?

Mon père la réprouve ; et , par des lois sévères ,

Il défend de donner des neveux à ses frères ' :

D'une tige coupable il craint un rejeton ;

Il veut avec leur sœur ensevelir leur nom ;

Et que, jusqu'au tombeau soumise à sa tutelle,

Jamais les feux d'hymen ne s'allument pour elle.

Dois-je épouser ses droits contre un père irrité?

Donnerai -je l'exemple à la témérité?

Et, dans un fol amour ma jeunesse embarquée....

THÉRAMÈNE

Ah , seigneur ! si votre heure est une fois marquée ,

Le ciel de nos raisons ne sait point s'informer.

Thésée ouvre vos yeux en voulant les fermer;

Et sa haine , irritant une flamme rebelle ,

Prête à son ennemie une grâce nouvelle.

Enfin d'un chaste amour pourquoi vous effrayer?

S'il a quelque douceur, n'osez vous l'essayer?

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