‹ Œuvres complètesChapitre 417 sur 594 · SCÈNE II. — HIPPOLYTE , ARICIE , ISMÊNB · texte numérisé non relu

SCÈNE II. — HIPPOLYTE , ARICIE , ISMÊNB

HIPPOLYTE

Madame, avant que de partir, J'ai cru de votre sort vous devoir avertir. Mon père ne vit plus. Ma juste défiance Présageoit les raisons de sa trop longue absence : La mort seule , bornant ses travaux éclatans , Pouvoit à l'univers le cacher si longtemps. Les dieux livrent enfin à la parque homicide L'ami , le compagnon , le successeur d'Alcide. Je crois que votre haine, épargnant ses vertus, Ëcoute sans regret ces noms qui lui sont dus Un espoir adoucit ma tristesse mortelle : Je puis vous aflfranchir d'une austère tutelle ; Je révoque des lois dont j'ai plaint la rigueur Vous pouvez disposer de vous, de votre cœur: Et , dans cette Trézène , aujourd'hui mon partage , De mon aïeul Pitthée autrefois l'héritage • , Qui m'a , sans balancer , reconnu pour son roi , Je vous laisse aussi libre , et plus libre que moi.

ARICIE

Modérez des bontés dont l'excès m'embarrasse. D'un soin si généreux honorer ma disgrâce , Seigneur , c'est me ranger , plus que vous ne pensez , Sous ces austères lois dont vous me dispensez

HIPPOLYTE

Du choix d'un successeur Athènes incertaine , Parle de vous, me nomme, et le fils de la reine.

ARICIE

De moi, seigneur?

HIPPOLYTE

Je sais , sans vouloir me flatter , Qu'une superbe loi semble me rejeter :

La Grèce me reproche une mère étrangère. Mais, si pour concurrent je n'avois que mon frère, Madame , j'ai sur lui de véritables dçoits Que je saurois sauver du caprice des lois. Un frein plus légitime arrête mon audace :

i . Thésée avait pour mère Élhra, fille de Pitthée.

476 PHÈDRE

Je vous cède, ou plutôt je vous rends une place,

Un sceptre que jadis vos aïeux ont reçu

De ce fameux mortel que la terre a conçu.

L'adoption le mit entre les mains d'£gée.

Athènes , par mon père accrue et protégée ,

Reconnut avec joie un roi si généreux ,

Et laissa dans l'oubli vos frères malheureux.

Athènes dans ses murs maintenant vous rappelle :

Assez elle a gémi d'une longue querelle ;

Assez dans ses sillons votre sang englouti

A fait fumer le champ dont il étoit sorti.

Trézène m* obéit. Les campagnes de Crète

Offrent au fîls de Phèdre une riche retraite.

L'Attique est votre bien. Je pars, et vais, pour vous,

Réunir tous les vœux partagés entre nous.

ÂRICIB.

De tout ce que j'entends , étonnée et confuse ,

Je crains presque, je crains qu'un songe ne m'abuse.

Veillé-je? Puis-je croire un semblable dessein?

Quel dieu, seigneur, quel dieu la mis dans votre sein?

Qu'à bon droit votre gloire eu tous lieux est semée !

Et que la vérité passe la renommée I

Vous-même, en ma faveur, vous voulez vous trahir 1

N'étoit-ce pas assez de ne me point haïr ,

Et d'avoir si longtemps pu défendre votre âme

De cette inimitié....

HIPPOLYTE

Moi , vous haïr , madame !

Avec quelques couleurs qu'on ait peint ma fierté , Croit-on que dans ses flancs un monstre m'ait porté? Quelles sauvages mœurs, quelle haine endurcie Pourroit, en vous voyant, n'être point adoucie? Ai-je pu résister au charme décevant....

ÂRICIE.

Quoi, seigneur!

HIPPOLYTE

Je me suis engagé trop avant.

Je vois que la raison cède à la violence : Puisque j'ai commencé de rompre le silence , Madame , il faut poursuivre ; il faut vous informer D'un secret que mon cœur ne peut plus renfermer. Vous voyez devant vous un prince déplorable , D'un téméraire orgueil exemple mémorable. Moi qui , contre l'amour fièrement révolté , Aux fers de ses captifs ai longtemps insulté ;

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