‹ Œuvres complètesChapitre 418 sur 594 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Qui , des foibles mortels déplorant les naufrages Pensois toujours du bord contempler les orages ; Asservi maintenant sous la commune loi, Par quel trouble me vois-je emporté loin de moi I Un moment a vaincu mon audace imprudente : Cette âme si superbe est enfin dépendante. Depuis près de six mois , honteux , désespéré , Portant partout le trait dont je suis déchiré , Contre vous, contre moi, vainement je m'éprouve : Présente, je vous fuis; absente, je vous trouve; Dans le fond des forêts votre image me suit ; La lumière du jour, les ombres de la nuit, Tout retrace à mes yeux les charmes que j'évite ; Tout vous livre à l'envi le rebelle Hippolyte. Moi-même, pour tout fruit de mes soins superflus. Maintenant je me cherche, et ne me trouve plus; Mon arc , mes javelots , mon char , tout m'importune ; Je ne me souviens plus des leçons de Neptune ; Mes seuls gémissemens font retentir les bois, Et mes coursiers oisifs ont oublié ma voix. Peut-être le récit d'un amour si sauvage Vous fait , en ra'écoutant , rougir de votre ouvrage. D'un coeur qui s'offre à vous quel farouche entretien! Quel étrange captif pour un si beau lien I Mais l'offrande à vos yeux en doit être plus chère : Songez que je vous parle une langue étrangère : Et ne rejetez pas des vœux mal exprimés, Qu'Hippolyte sans vous n'auroit jamais formés.

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