‹ Œuvres complètesChapitre 426 sur 594 · SCÈNE m. — PHÈDRE, ŒNONE · texte numérisé non relu

SCÈNE m. — PHÈDRE, ŒNONE

ŒNONE

Il faut d'un vain amour étouffer la pensée ,

Madame ; rappelez votre vertu passée :

Le roi , qu'on a cru mort , va paroître à vos yeux ;

Thésée est arrivé , Thésée est en ces lieux.

Le peuple pour le voir court et se précipite.

Je sortois par votre ordre , et cherchois Hippolyte ,

Lorsque jusque's au ciel mille cris élancés....

PHÈDRE

Mon époux est vivant, Œnone; c'est assez.

J'ai fait l'indigne aveu d'un amour qui l'outrage ;

Il vit : je ne veux pas en savoir davantage.

ŒNONE

Quoi?

PHÈDRE

Je te l'ai prédit ; mais tu n'as pas voulu : Sur mes justes remords tes pleurs ont prévalu. Je mourois ce matin digne d'être pleurée; J'ai suivi tes conseils, je meurs déshonorée

ŒNONE

Vous mourez?

PHÈDRE

Juste ciel! qu'ai-je fait aujourd'hui?

Mon époux va paroître, et son fils avec lui. Je verrai le témoin de ma flamme adultère Observer de quel front j'ose aborder son père , Le cœur gros de soupirs qu'il n'a point écoutés. L'œil humide de pleurs par l'ingrat rebutés. Penses-tu que , sensible à l'honneur de Thésée , Il lui cache l'ardeur dont je suis embrasée? Laissera-t-il trahir et son père et son roi? Pourra-t-il contenir l'horreur qu'il a pour moi? Il se tairoit en vain : je sais mes perfidies,

486 l'ViSLRZ.

Œnone , et ne suis point de ces femmes hardies

Qui , goûtant dans le crime une tranquille paix ,

Ont su se faire un front qui ne rougit jamais.

Je connois mes fureurs , je les rappelle toutes :

Il me semble déjà que ces murs , que ces voûtes

Vont prendre la parole , et , prêts à m'accuser ,

Attendent mon époux pour le désabuser.

Mourons : de tant d'horreurs qu'un trépas me délivre.

Est-ce un malheur si grand que de cesser de vivre?

La mort aux malheureux ne cause point d'effroi :

Je ne crains que le nom que je laisse après moi.

Pour mes tristes enfans quel affreux héritage !

Le sang de Jupiter doit enfler leur courage ;

Mais , quelque juste orgueil qu'inspire un sang si beau ,

Le crime d'une mère est un pesant fardeau.

Je tremble qu'un discours , hélas ! trop véritable ,

Un jour ne leur reproche une mère coupable.

Je tremble qu'opprimés de ce poids odieux ,

L'un ni l'autre jamais n'osent lever les yeux.

ŒNONE

Il n'en faut point douter , je les plains l'un et l'autre ; Jamais crainte ne fut plus juste que la vôtre. Mais à de tels affronts, pourquoi les exposer? Pourquoi contre vous-même allez -vous déposer? C'en est fait : on dira que Phèdre, trop coupable, De son époux trahi fuit l'aspect redoutable. Hippolyte est heureux qu'aux dépens de vos jours Vous-même en expirant appuyez ses discours. A votre accusateur que pourrai-je répondre? Je serai devant lui trop facile à confondre : De son triomphe affreux je le verrai jouir, Et conter votre honte à qui voudra l'ouïr. Ah I que plutôt du ciel la flamme me dévore ! Mais , ne me trompez point , vous est-il cher encore ? De quel œil voyez-vous ce prince audacieux ?

PHÈDRE

Je le vois comme un monstre effroyable à mes yeux

ŒNONE

Pourquoi donc lui céder une victoire entière? Vous le craignez : osez l'accuser la première Du crime dont il peut vous charger aujourd'hui. Qui vous démentira ? Tout pafle contre lui : Son épée en vos mains heureusement laissée , Votre trouble présent , votre douleur passée , Son père par vos cris dès longtemps prévenu ,

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