‹ Œuvres complètesChapitre 449 sur 594 · ACTE V, SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VIL

C'est moi qui , sur ce fils chaste et respectueux , Osai jeter un œil profane, incestueux.

Le ciel mit dans mon sein une flamme funeste : La détestable Œnone a conduit tout le reste. Elle a craint qu'Hippolyte , instruit de ma fureur , Ne découvrît un feu qui lui faisoit horreur : La perfide , abusant de ma foiblesse extrême , S'est hâtée à vos yeux de l'accuser lui-même. Elle s'en est punie , et , fuyant mon courroux , A cherché dans les flots un supplice trop doux. Le fer auroit déjà tranché ma destinée ; Mais je laissois gémir la vertu soupçonnée : J 'ai voulu , devant vous exposant mes remords , Par un chemin plus lent descendre chez les morts. J'ai pris , j'ai fait couler dans mes brûlantes veines Un poison que Médée apporta dans Athènes. Déjà jusqu'à mon cœur le venin parvenu Dans ce cœur expirant jette un froid inconnu , Déjà je ne vois plus qu'à travers un nuage Et le ciel et l'époux que ma présence outrage ; Et la mort , à mes yeux dérobant la clarté , Rend au jour qu'ils souilloient toute sa pureté.

PANOPE

Elle expire , seigneur I

THÉSÉE

D'une action si noire Que ne peut avec elle expirer la mémoire! Allons , de mon erreur , hélas ! trop éclaircis , Mêler nos pleurs au sang de mon malheureux fils ! Allons de ce cher fils embrasser ce qui reste ; Expier la fureur d'un vœu que je déteste : Rendons-lui les honneurs qu'il a trop mérités ; Et , pour mieux apaiser ses mânes irrités , Que , malgré les complots d'une injuste famille . Son amante aujourd'hui me tienne lieu de fille !

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