‹ Œuvres complètesChapitre 452 sur 594 · LA PIÉTÉ · texte numérisé non relu

LA PIÉTÉ

Du séjour bienheureux de la Divinité , Je descends dans ce lieu par la Grâce habité : L'Innocence s'y plaît, ma compagne éternelle, Et n'a point sous les cieuz d*asile plus fidèle.

512 ESTUER.

Ici , loin du tumulte , aux devoirs les plus saints Tout un peuple naissant est formé par mes mains : Je nourris dans son cœur la semence féconde Des vertus dont il doit sanctifier le monde. Un roi qui me protège , un roi victorieux , A commis à mes soins co dépôt précieux. C'est lui qui rassembla ces colombes timides , Sparses en cent lieux , sans secours et sans guides : Pour elles , à sa porte , élevant ce palais , Il leur y fit trouver l'abondance et la paix.

Grand Dieu , que cet ouvrage ait place en ta mémoire ! Que tous les soins qu'il prend pour soutenir ta gloire Soient gravés de ta main au livre où sont écrits Les noms prédestinés des rois que tu chéris! Tu m'écoutes ; ma voix ne t'est point étrangère : Je suis la Piété , cette fille si chère , Qui t'offre de ce roi les plus tendres soupirs : Du feu de ton araour j'allume ses désirs. Du zèle qui pour toi l'enflamme et le dévore La chaleur se répand du couchant à l'aurore. Tu le vois tous les jours devant toi prosterné, Humilier ce front de splendeur couronné ; Et , confondant l'orgueil par d'augustes exemples , Baiser avec respect le pavé de tes temples. De ta gloire animé, lui seul, de tant de rois, S'arme pour ta querelle , et combat pour tes droits. Le perfide intérêt , l'aveugle jalousie , S'unissent contre toi pour l'affreuse hérésie ; La discorde en fureur frémit de toutes parts ; Tout semble abandonner tes sacrés étendards ; Et l'enfer , couvrant tout de ses vapeurs funèbres . Sur les yeux les plus saints a jeté ses ténèbres. Lui seul , invariable et fondé sur la foi , Ne cherche, ne regarde, et n'écoute que toi; Et , bravant du démon l'impuissant artifice , De la religion soutient tout l'édifice.

Grand Dieu, juge ta cause, et déploie aujourd'hui Ce bras , ce même bras qui combattoit pour lui , Lorsque des nations à sa perte animées Le Rhin vit tant de fois disperser les armées. Des mêmes ennemis je reconnois l'orgueil ; Ils viennent se briser contre le même écueil : Déjà, rompant partout leurs plus fermes barrières,* Du débris de leurs forts ils couvrent ses frontières. Tu lui donnes un fils prompt à le seconder ,

Page 1