‹ Œuvres complètesChapitre 459 sur 594 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Et, sans le prévenir, il faut, pour lui parler,

Qu'il me cherche, ou du moins qu'il me fasse appeler.

MARDOCHÉE

Quoi! lorsque vous voyez périr votre patrie, Pour quelque chose, Esther, vous comptez votre viel Dieu parle, et d'un mortel vous craignez le courroux! Que dis-je? votre vie, Ksiher, est elle à vous? N'est-elle pas au sang dont vous êtes issue? N'est elle pas à Dieu, dont vous l'avez reçue? Et qui sait, lorsqu'au trône il conduisit vos pas, Si pour sauver son peuple il ne vous gardoit pas? Songez-y bien : ce Dieu ne vous a pas choisie Pour être un vain spectacle aux peuples de l'Asie, Ni pour charmer les yeux des profanes humains : Pour un plus noble usage il réserve ses saints. S'immoler pour son nom et pour son héritage. D'un enfant d'Israël voilà le vrai partage : Trop heureuse pour lui de hasarder vos jours! Et quel besoin son bras a-t-il de nos secours? Que peuvent contre lui tous les rois de la terre? En vain ils s'uniroient pour lui faire la guerre : Pour dissiper leur ligue il n'a qu'à se montrer; Il parle, et dans la poudre il les fait tous rentrer. Au seul son de sa voix la mer fuit, le ciel tremble; Il voit comme un néant tout l'univers ensemble; Et les foibles mortels, vains jouets du trépas, Sont tous devant ses yeux comme s'ils n'étoient pas. S'il a permis d'Aman l'audace criminelle , Sans doute qu'il vouloit éprouver votre zèle. C'est lui qui, m'excitant à vous oser chercher. Devant moi, chère Esther, a bien voulu marcher; Et s'il faut que sa voix frappe en vain vos oreilles. Nous n'en verrons pas moins éclater ses merveilles. Il peut confondre Aman , il peut briser nos fers Par la plus foible main qui soit dans l'univers; Et vous , qui n'aurez point accepté cette grâce , Vous périrez peut-être et toute votre race.

ESTHER

Allez : que tous les Juifs dans Su se répandus,

A prier avec vous jour et nuit assidus,

Me prêtent de leurs vœux le secours salutaire ,

Et pendant ces trois jours gardent un jeûne austère.

Déjà la sombre nuit a commencé son tour :

Demain, quand le soleil rallumera le jour,

Contente de périr, s'il faut que je périsse,

520 ESTHER

J'irai pour mon pays m* offrir en sacrifice. Qu'on s'éloigne un moment.

(Le chœur se retire au fond du the'dtre.)

Page 1