‹ Œuvres complètesChapitre 460 sur 594 · SCÈNE IV. — ESTHER, ÉLISE, lb chœur · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. — ESTHER, ÉLISE, lb chœur

0 mon souverain roi , Me Toici donc tremblante et seule devant toi I Mon père mille fois m'a dit dan» mon enfance Qu'avec nous tu juras une sainte alliance, Quand , pour te faire un peuple agréable à tes yeux , Il plut à ton amour de choisir nos aïeux : Même tu leur promis de ta bouche sacrée Une postérité d'éternelle durée.

Hélas! ce peuple ingrat a méprisé ta loi; La nation chérie a violé sa foi ; Elle a répudié son époux et son père , Pour rendre à d'autres dieux un honneur adultère : Maintenant elle sert sous un maître étranger. Mais c'est peu d'être esclave , on la veut égorger : Nos superbes vainqueurs , insultant à nos larmes , Imputent à leurs dieux le bonheur de leurs armes , Et veulent aujourd'hui qu'un même coup mortel Abolisse ton nom , ton peuple , et ton autel. Ainsi donc un perfide, après tant de miracles, Pourroit anéantir la foi de tes oracles, RavirOit aux mortels le plus cher de tes dons , Le Saint que tu promets et que nous attendons? Non , non , ne souffre pas que ces peuples farouches , Ivres de notre sang , ferment les seules bouches Qui dans tout l'univers célèbrent tes bienfaits; Et confonds tous ces dieux qui ne furent jamais. Pour moi , que tu retiens parmi ces infidèles , Tu sais combien je hais leurs fêtes criminelles, Et que je mets au rang des profanations Leur table , leurs festins , et leurs libations ; Que même cette pompe où je suis condamnée , Ce bandeau dont il faut que je paroisse ornée Dans ces jours solennels à l'orgueil dédiés, Seule et dans le secret, je le foule à mes pieds; Qu'à ces vains ornemens je préfère la cendre , Et n'ai de goût qu'aux pleurs que tu me vois répandre. J'attendois le moment marqué dans ton arrêt , Pour oser de ton peuple embrasser l'intérêt.

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