ACTE II, SCÈNE IX
Dieu d'Israël , dissipe enfin cette ombre : Jusqu'à quand seras- tu caché?
UNE DES PLUS JEUNES ISRAÉLITES
Parlons plus bas, mes sœurs. Ciel! si quelque infidèle, Ecoutant nos discours, nous ailoit déceler!
ÉLISE
Quoi! fille d'Abraham, une crainte mortelle
Semble déjà vous faire chanceler?
Hé ! si l'impie Aman , dans sa main homi'cide Faisant luire à vos yeux un glaive menaçant,
A blasphémer le nom du Tout-Puissant
Vouloit forcer votre bouche timide ?
UNE AUTRE ISRAELITE
Peut-être Assuérus, frémissant de courroux, Si nous ne courbons les genoux Devant une muette idole, Commandera qu'on nous immole.
Chère sœur, que choisirez-vous?
LA JEUNE ISRAÉLITE
Moi! je pourrois trahir le Dieu que j'aime? J'adorerois un dieu sans force et sans vertu , Reste d'un tronc par les vents abattu, Oui ne peut se sauver lui-même?
LE CHŒUR chante.
Dieux impuissans , dieux sourds , tous ceux qui vous implorent Ne seront jamais entendus.
Que les démons et ceux qui les adorent , Soient à jamais détruits et confondus ! UNE ISRAÉLITE chante.
Que ma bouche et mon cœur, et tout ce que je suis, Rendent honneur au Dieu qui m'a donné la vie. Dans les craintes , dans les ennuis , En ses bontés mon âme se confie.
Veut-il par mon trépas que je le glorifie? Que ma bouche et mon cœur, et tout ce que je suis, Rendent honneur au Dieu qui m'a donné la Yie.
ÉLISE
Je n'admirai jamais la gloire de l'impie.
UNE AUTRE ISRAELITE
Au bonheur du méchant qu'une antre porte envie.
ÉLISE
Tous ses jours paroissent charmans;
L'or éclate en ses vêtemens ; Son orgueil est sans borne ainsi que sa richesse ; Jamais l'air n'est troublé de ses gémissemens ;
536 ESTHER
Il s'endort f il s*é?eille an son des instnimens ; Son cœur nage dans la mollesse.
UNE AUTRE ISRAÉUTB.
Ponr comble de prospérité.
Il espère revivre en sa postérité ; Et d'enfans à sa table une riante troupe Semble boire avec lui la joie à pleine coupe. [Tout le retu est chanté,)
LE CHŒUR
Heureux , dit-on , le peuple florissant Sur qui ces biens coulent en abondance! Plus heureux le peuple innocent Qui dans le Dieu du ciel a mis sa confiance !
UNE ISRAÉLITE, Seule.
Pour contenter ses frivoles désirs , L*homme insensé vainement se consume :
Il trouve Tamertume
Au milieu des plaisirs.
UNE AUTRE, SCUle.
Le bonheur de Timpie est toujours agité ; Il erre à la merci de sa propre inconstance. Ne cherchons la félicité Que dans la paix de l'innocence.
LA MÊME , avec une autre.
0 douce paix!
0 lumière éternelle!
Beauté toujours nouvelle!
Heureux le cœur épris de tes attraits!
0 douce paix !
0 lumière éternelle!
Heureux le cœur qui ne te perd jamais !
LE CHŒUR
0 douce paix!
0 lumière éternelle!
Beauté toujours nouvelle!
0 douce paix!
Heureux le cœur qui ne te perd jamais! LA MÊME, seule.
Nulle paix pour l'impie : il la cherche, elle fuit; Et le calme en son cœur ne trouve point de place : Le glaive au dehors le poursuit; Le remords au dedans le glace.
UNE AUTRE
La gloire des méchans en un moment s'éteint ; L'afTreux tombeau pour jamais les dévore.